L’obligation de délivrance du bailleur commercial à l’aune de la jurisprudence rendue en 2025

Pilier du droit commun du louage des choses, l’obligation de délivrance impose à tout bailleur, en vertu des dispositions de l’article 1719 du code civil :

« 1° De délivrer au preneur la chose louée et, s’il s’agit de son habitation principale, un logement décent. Lorsque des locaux loués à usage d’habitation sont impropres à cet usage, le bailleur ne peut se prévaloir de la nullité du bail ou de sa résiliation pour demander l’expulsion de l’occupant ;

2° D’entretenir cette chose en état de servir à l’usage pour lequel elle a été louée ;

3° D’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ;

4° D’assurer également la permanence et la qualité des plantations. ».

Ce même article prévoit que le bailleur y est obligé « par la nature du contrat, et sans qu’il soit besoin d’aucune stipulation particulière » (alinéa 1er).

Si le régime applicable au bail commercial est soumis à un statut particulier, issu du décret n°53-960 du 30 septembre 1953 codifié aux articles L.145-1 et suivants du code de commerce, les bailleurs commerciaux n’échappent pas à la règle précitée qui s’applique à tout type de bail.

Notion protéiforme, l’obligation de délivrance impose au bailleur, au-delà de la simple remise matérielle des lieux, de veiller à délivrer au preneur un local lui permettant d’exploiter son activité telle que prévue au contrat. Le local doit être conforme à son usage, c’est-à-dire conforme à la destination contractuelle telle que déterminée par les parties (CA Amiens, 24 octobre 2024, n°23/02101).

L’obligation de délivrance est essentielle et le bailleur ne peut pas s’en affranchir (Civ. 3ème, 1er juin 2005, n°04-12.200) : toute clause contraire doit être réputée non-écrite. Elle s’impose à lui lors de la remise des lieux mais également pendant toute la durée du bail (article 1720 du code civil : l’obligation de délivrance du bailleur se décline également en une obligation de réparation).

Etudier l’obligation de délivrance du bailleur revient à s’interroger sur la possibilité d’un juste équilibre entre la protection du preneur, dont l’activité dépend étroitement du local mis à sa disposition, et la préservation de la sécurité juridique du bailleur.

Des enjeux pratiques s’attachent à cette obligation, qui a beaucoup préoccupé les juges en 2025. Nous vous proposons, dans cet article, une revue non-exhaustive des arrêts marquants en la matière.

Continuer la lecture

Battle of the Arbitration Seats: Contrasting the 2025 English Arbitration Act Reform with France’s Reform Proposal

The so-called “battle of seats” in international arbitration isn’t new, spanning over half a century. Various global capitals have developed favorable legal ecosystems—either through enacting legislation ensuring legal certainty or issuing court decisions viewed as favorable towards arbitration. This competition has helped to position arbitration as the preferred mechanism for resolving cross-border disputes.[1] The “rivalry” between London and Paris as arbitration seats is particularly noteworthy and has been put in display in cases where their courts have taken opposing approaches on the same issues. The fact that two of the world’s leading arbitration institutions –the LCIA and the ICC– are headquartered in London and Paris respectively further fuel this sustained competition.

Recent statistics and surveys confirm this phenomenon: Paris and London have long led the race for the top two global spots as the most frequently chosen arbitral seats[2] according to the ICC Dispute Resolution Statistics, with London claiming first place in certain years and Paris claiming the same in other years.[3] Similar results were reported in the 2024 International Arbitration Survey, which showed that London and Paris remain the preferred seats worldwide across virtually all regions.[4]

Continuer la lecture

Les allemands chantent, ChatGPT déchante : la décision Gema c/ Open AI

Le 11 novembre, alors que les français célébraient l’Armistice de 1918, les juges du tribunal régional de Munich rendaient une décision importante en matière d’intelligence artificielle en condamnant Open AI pour contrefaçon de droits d’auteur.

La procédure a été initiée par la Gema, l’équivalent allemand de la SACEM, qui représente notamment les auteurs de paroles de chansons. Gema avait ciblé son action sur neuf chansons bien connues en Allemagne et préparé son dossier en se constituant la preuve qu’en interrogeant ChatGPT sur le texte des chansons en question (« Peux-tu me dire quel est le refrain de la chanson X ? »), l’utilisateur obtenait en réponse une partie du texte avec, dans certains cas, des erreurs ou, pour reprendre le terme technique approprié, des « hallucinations ».

La Gema avait assigné pour contrefaçon de droits d’auteur à la fois la société mère américaine OpenAI et sa filiale irlandaise qui avait pris le relais pour l’exploitation de ChatGPT en Europe à partir de décembre 2023.

Continuer la lecture

The notion of control and the liability of shareholders in a French commercial company

A key question that foreign investors often ask themselves when investing in France is what consequences arise from being considered as controlling shareholder of a French entity.

The notion of “control” under French law carries significant legal and practical implications. Beyond simple share ownership, control may result from holding directly or indirectly the majority of voting rights, from the power to appoint or dismiss most board members, or even from the ability to exercise decisive influence over the company’s management and strategic decisions.

Being identified as a controlling shareholder entails specific responsibilities and potential liabilities. For these reasons, understanding how control is defined and assessed under French law is crucial for structuring an investment.

Continuer la lecture

Omnibus : après un accord en commission, rejet du compromis par le Parlement européen

Contexte et objectifs de la proposition Omnibus

La Commission européenne avait présenté le 26 février 2025 de nouvelles propositions ayant vocation à faciliter la mise en œuvre des règles de durabilité pour les entreprises, regroupées sous le terme de proposition « Omnibus ». Cette proposition visait principalement à simplifier et rendre plus pragmatiques les obligations imposées par la directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), la directive Corporate Sustainability Due Diligence Directive (CS3D), le Règlement Taxonomie et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, afin de réduire la charge administrative qu’elles font peser sur les entreprises.

Continuer la lecture

DUAA 2025 : utilisation des données à des fins de recherche scientifique au UK

Cet article est le neuvième et dernier d’une série d’articles[1] examinant les changements apportés par le « Data (Use and Access) Act 2025 » ou Loi DUA par comparaison au RGPD.

La loi DUA regroupe dans un nouveau chapitre 8A du RGPD britannique les garanties pour les traitements à des fins de recherche scientifique ou historique ou à des fins statistiques (auquel il est fait référence sous les termes “RAS purposes”). Ce chapitre décrit les garanties fondamentales à mettre en place et à respecter.

La loi DUA donne une définition de la recherche scientifique qui reprend les termes du considérant 159 RGPD européen, et qui comprend aussi la recherche scientifique « privée » ou « commerciale ».

Continuer la lecture

DUAA 2025 : principe de limitation des finalités et présomption de compatibilité au UK

Cet article est le huitième d’une série d’articles[1] examinant les changements apportés par le « Data (Use and Access) Act 2025 » ou Loi DUA par comparaison au RGPD.

La loi DUA réécrit les dispositions du RGPD britannique (modelées sur le RGPD européen) relatives à la limitation des finalités. Elle réorganise quelque peu les règles sur la limitation des finalités articles 5, 6 et 23 RGDP, en créant un article 8 paragraphe 4 qui complète l’article 5 (et y transfère l’article 6 (4)).

Le principal objectif est de lister un certain nombre de cas dans lesquels le traitement ultérieur est présumé compatible.

Le principe général est qu’un nouveau traitement (sur des données collectées directement ou indirectement auprès d’une personne concernée) ne puisse avoir lieu que s’il est compatible avec les finalités du traitement initial. La compatibilité ne suffit pas pour autant à la légalité du traitement

Continuer la lecture

DUAA 2025 : catégories particulières de données et protection des enfants au UK

Cet article est le septième d’une série d’articles[1] examinant les changements apportés par le « Data (Use and Access) Act 2025 » ou Loi DUA par comparaison au RGPD.

Catégories particulières de données : pouvoir d’élargir la définition

Dans une démarche prospective, le gouvernement britannique disposera de nouveaux pouvoirs pour élargir la définition des « catégories particulières de données ».

Si les catégories actuelles visée à l’article 9 du « RGPD britannique », telles les données relatives à la santé et à l’origine ethnique, restent inchangées (y compris par rapport au RGPD européen), la porte est désormais ouverte à l’inclusion future d’autres domaines sensibles, tels les données personnelles des enfants ou les informations de paiement. Cette mesure anticipe l’évolution des préoccupations du public et les risques émergents dans l’économie numérique, permettant au régime britannique de rester réactif sans nécessiter de nouvelle législation primaire.

Continuer la lecture

DUAA 2025 : transferts internationaux de données – refonte de l’évaluation des risques au UK

Cet article est le sixième d’une série d’articles[1] examinant les changements apportés par le « Data (Use and Access) Act 2025 » ou Loi DUA par comparaison au RGPD.

L’approche du RGPD britannique en matière de transferts internationaux de données sera révisée.

La loi conserve l’exigence fondamentale selon laquelle les données personnelles ne peuvent être transférées vers un pays tiers ou une organisation internationale que lorsque le transfert est fondé sur :

  • une décision du Secretary of Sate « approuvant le transfert » vers le pays tiers ou l’organisation internationale en question (nouvelle terminologie pour remplacer la référence aux « décisions d’adéquation »), lorsque le « test de protection des données » est satisfait, ou
  • des garanties appropriées, ou
  • une dérogation pour des situations particulières.

L’obligation pour les exportateurs de prendre en compte les risques posés par le transfert, en plus de mettre en œuvre une mesure de sauvegarde, est également maintenue. Cependant cette obligation est quelque peu allégée.

Continuer la lecture

DUAA 2025 : vie privée et communications électroniques au UK

Cet article est le cinquième d’une série d’articles[1] examinant les changements apportés par le « Data (Use and Access) Act 2025 » ou Loi DUA par comparaison au RGPD et la Directive Vie Privée et Communication Electronique (« e-Privacy »).

Sanctions plus sévères

Le plafond de 500.000 livres sterling applicable depuis de nombreuses années aux amendes prévues par la Privacy and Electronic Communications Regulations ou « PECR » (règlementation sur la vie privée et les communications électroniques) sera aligné sur les niveaux du RGPD britannique, soit jusqu’à 17,5 millions de livres sterling ou 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu.

Il s’agit là d’un signal clair de l’intention du gouvernement britannique de renforcer ses capacités d’application dans des domaines tels que le démarchage téléphonique abusif, SMS et e-mails indésirables et l’utilisation de cookies et de technologies similaires en violation des exigences de consentement du PECR.

Continuer la lecture

LexBlog