L’Autorité de la concurrence a publié l’avis n° 26-A-02 du 18 février 2026 relatif au fonctionnement de la concurrence dans le secteur de la création de contenu vidéo en ligne en France. Voir le communiqué de presse

Le secteur de la création de contenu vidéo en ligne fait désormais partie intégrante de l’industrie audiovisuelle française, avec une croissance rapide qui a atteint plus de 150 000 créateurs professionnels en 2024.

Le secteur rassemble de nombreux acteurs interdépendants — créateurs de contenu (majoritairement de très petite taille), agences de talents et, annonceurs publicitaires, plateformes et spectateurs — ce qui soulève plusieurs défis liés à la concurrence.

Afin d’analyser ces enjeux, l’Autorité de la concurrence a lancé une consultation publique à destination des acteurs du secteur, mené un sondage auprès des créateurs de contenu et procédé à des auditions des principales plateformes, d’une entreprise d’intelligence artificielle, de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC) ainsi que de plusieurs créateurs à forte notoriété.

L’Autorité examine :

  • la concurrence entre les créateurs de contenu, tant pour attirer l’attention du public que pour obtenir des partenariats commerciaux et des annonceurs ;
  • le développement de l’intelligence artificielle générative (IA) et son impact sur le secteur ;
  • les relations entre les créateurs de contenu et les autres acteurs clés, notamment les partenaires commerciaux, les agences de talents et les plateformes.

S’agissant de ce dernier point, les créateurs de contenu se trouvent dans une situation de dépendance structurelle à l’égard d’un nombre restreint de plateformes incontournables.

Les barrières à l’entrée et à l’expansion des plateformes concurrentes, ainsi qu’une certaine « captivité » des créateurs tenant aux différences de formats, thématiques, cultures, expertises et audiences propres à chaque plateforme, renforcent ce déséquilibre.

Cette dépendance confère aux plateformes un pouvoir de négociation significatif, leur permettant de fixer unilatéralement les conditions financières et la visibilité des contenus. À l’issue de son analyse, l’Autorité a formulé des recommandations portant notamment sur les points suivants :

  • Les conditions financières n’impliquent pas nécessairement un partage des recettes (ou seulement au-delà d’un certain volume) et s’accompagnent de méthodes de mise en œuvre non transparentes.

En l’absence de véritable négociation, l’Autorité rappelle aux plateformes que ces conditions ne doivent pas être inéquitables et les encourage à accroître la transparence dans la mise en œuvre des règles de partage des revenus.

  • La visibilité des contenus est principalement déterminée par le fonctionnement des algorithmes de recommandation et, dans une moindre mesure, par les mesures de modération, entièrement contrôlés par les plateformes.

L’Autorité recommande davantage de transparence, y compris en cas de modification des algorithmes.

Elle encourage les plateformes à allouer des ressources suffisantes pour permettre aux créateurs de trouver des interlocuteurs capables de leur expliquer par exemple, les raisons d’une baisse de visibilité de leurs contenus, d’une mesure de modération les sanctionnant ou d’un bannissement.

L’Autorité met également en garde contre les pratiques déloyales susceptibles de perturber la concurrence entre les contenus et de nuire considérablement à la diversité des offres proposées aux consommateurs, telle que, par exemple, une stratégie consistant pour les plateformes, à favoriser la visibilité de certains contenus particulièrement rémunérateurs et avantageux pour elle, voire, à terme, de leurs propres contenus intégralement créés par IA générative.

Enfin, les opérateurs de systèmes d’IA générative et les plateformes en ligne doivent permettre une identification claire des contenus générés par l’IA générative.

Cet avis s’inscrit dans une tendance générale en faveur d’une plus grande équité et transparence dans les différents aspects de la monétisation au sein de l’industrie numérique. Les acteurs du secteur doivent agir avec prudence et à l’écoute des futures mesures prises par les autorités françaises de la concurrence dans ce domaine.

Une version en anglais de cet article est parue sur notre blog www.iptechblog.com