La Revue Squire

Le marin à l’encre


Rédigé par Emdé le 24 Octobre 2010


Trois livres de Bernard Giraudeau

« Ainsi commence ce jour le vrai voyage de ma vie puisque ce qui fut vécu n’était qu’un rêve effleuré ». C’est par ces mots que se conclut Cher amour, le dernier livre de Bernard Giraudeau. La formule ne manque pas de grâce et cultive le paradoxe. L’ouvrage, que son auteur qualifie de roman est avant tout une autofiction puisqu’il relate ses nombreux voyages, tel tournage ou repérage du cinéaste, telle répétition du comédien au théâtre, telle incarnation de l’acteur dans un film.

Car toutes ces vies notre homme les a vécues parfois simultanément dans le cours d’une existence mouvementée à laquelle le cancer mit fin le 17 juillet dernier. Le romanesque de l’affaire – un peu convenu tout de même – c’est qu’il adresse ses expériences multiples à un cher amour plus rêvé que vécu, resté à terre dans l’imagination du narrateur.

Ce n’est pas un procédé lorsque Bernard Giraudeau, dans Le marin à l’ancre, adresse des lettres à un ami qu’une maladie dégénérative incurable cloue à son fauteuil roulant, lui permettant de voyager par procuration dans le vécu et les souvenirs de son interlocuteur, tout comme le lecteur. On ne s’étonne pas de retrouver dans les deux livres les mêmes mots pour dire les mêmes périples.

On peut préférer Les hommes à terre, recueil plus ancien de cinq nouvelles réunies sous un titre générique qui correspond à leur magnifique unité thématique : l’écriture en est plus sobre et ce genre conduit à plus d’intensité, notamment dans la dernière, Jeanne, d’une éblouissante perfection.

Il est difficile de résister à l’appel du large auquel cède le voyageur impénitent dont la plume lyrique nous fait partager la sensualité parfois terrible de la nature, la chaleur des contacts humains, des blessures aussi livrées avec une superbe impudeur et toujours une profonde sincérité qui bouleverse lorsqu’il évoque des jours de son enfance ou l’atteinte de la maladie. Et si l’on reste à terre en parcourant le monde, l’on entre dans l’intimité d’un homme, d’un humain tout simplement.





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