La Revue Squire

Dis, papa, c’est loin l’Albanie ?
La voix d’Ismaïl Kadaré


Rédigé par Emdé le 19 Mars 2011


Loin de nos préoccupations, certes. Ce petit pays dont la superficie représente moins d’un vingtième de la France et la population un peu plus de trois millions d’habitants rêve pourtant d’adhérer à l’Union européenne. Longtemps fermé au monde extérieur pendant des années de communisme stalinien que suivit la dictature pro-chinoise d’Enver Hoxha, l’Albanie est à présent une démocratie parlementaire.

La voix d’Ismaïl Kadaré, aujourd’hui âgé de 75 ans, se fait entendre presque universellement depuis son premier roman « Le général de l’armée morte » , paru en 1963 et traduit dans de nombreuses langues. C’est l’histoire singulière d’un général italien qui dirige l’exhumation et le rapatriement des corps des soldats de son pays tombés pendant la dernière guerre mondiale. L’auteur y peint son pays, une terre de caractère et son peuple, valeureux, surtout dans l’adversité – qui ne l’a pas épargné entre guerre et communismes. Il y exprime aussi, non sans humour, un esprit critique impitoyable et un généreux humanisme.

Dans un très récent ouvrage, « Le dîner de trop » , ce magnifique conteur développe les interrogations multiples que suscite un évènement mystérieux lié à l’histoire agitée de son pays qu’il mêle à des chansons, légendes et traditions. Il questionne une réalité qui paraît insaisissable et les énigmes qu’il noue et dénoue à l’envi – sans la moindre gratuité – font de Kadaré un très grand écrivain, à la fois enraciné et universel. On le dit souvent « nobelisable ».

Énigme encore dans le dernier « L’entravée » , entendez l’assignée à résidence, prisonnière d’un système qu’on devine et que tente de libérer un personnage bénéficiant des avantages et de la corruption qui sont inhérents à ce système.

La curiosité du lecteur peut être sollicitée dès le titre. Ainsi « Qui a ramené Doruntine ? » annonce une intrigue policière que l’habileté du récit ne démentira pas, même s’il s’agit d’une légende médiévale. Là encore, la multiplicité des réponses et leur relativité donnent le tournis. Elles inclinent à beaucoup de prudence, d’indulgence et –fondamentalement - de tolérance, là où des dogmes s’affirment avec un aveuglement et une brutalité criminels.

L’œuvre considérable et originale d’Ismaïl Kadaré – parfois traduite avec plus ou moins de bonheur – offre à l’évidence encore beaucoup de plaisirs de lecture.





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