La Revue Squire

Des nouvelles du Monde


Rédigé par Sylvie Adijes le 16 Février 2008

Par Sylvie ADIJES, avocat – médiateur, membre de l’Académie de Médiation



Lettre à un frère émigré en Colombie (pays des FARCs, des aztèques et grand rassemblement de médiateurs du vendredi saint)

Hermano querido Cristobal,

Tu me demandais l’autre soir lors de notre téléconf. hebdomadaire ce que j’étais devenue depuis la fac de droit et quelles étaient mes activités professionnelles maintenant. Toi, tu as choisi de te retirer à l’autre bout du monde pour élever des vigognes et tu as peut être bien fait. J’ai toujours eu l’ambition d’agir pour améliorer les relations entre les hommes et œuvrer pour prévenir les conflits qui coûtent si chers à notre société.

Après avoir dépensé de longues années comme avocat à attaquer, défendre, bref, guerroyer, j’ai choisi de devenir médiateur, je préfère le masculin.

Tu sais ici beaucoup se désignent ainsi. C’est un mot à la mode. Les Yankees disent « neutral ». Le matin, il y a les médiateurs qui aident les enfants à traverser la rue avec leur manteau fluo, dans les grands journaux et à la télé il y a les médiateurs médiatiques qui sont sensés sauver le monde ! (enfin plutôt des otages, ou des entreprises publiques menacées de grève) mais bien sûr ils ne peuvent pas y arriver les pauvres, avec toutes ces caméras braquées sur eux. Il y a les médiateurs des banques, de la République, de l’EDF, des conflits sociaux et que sais-je encore. En plus, ils n’ont jamais appris la médiation. Ils se croient comme Monsieur Jourdain, ils font de la médiation… Mais où as-tu vu qu’on pouvait improviser un métier sans l’apprendre ? L’autre jour, j’ai rencontré un magistrat à la retraite qui s’est vanté d’être médiateur sans jamais avoir été formé, simplement parce que les magistrats le connaissent et le choisissent !

Bref, tout cela est navrant mais tu me connais. J’y crois. Car une fois que tu as vu ce qu’il pouvait se passer en médiation, tu comprends mal pourquoi des entreprises voudraient encore aller au Tribunal. C’est si rapide ! En quelques semaines j’arrive à régler des litiges qui durent parfois depuis des mois, voir des années ! Tu te rends compte ?

Comment je fais ? C’est magique ! Non excuse-moi, je plaisante. C’est que d’abord je pense que ma présence à moi, qui ne connaît rien à l’histoire, les calme. Ils sont obligés de m’expliquer leur point de vue. Et après ? Après, ah, quand même, il y a de la technique et de l’expérience, des questions à poser, des choses à entendre qui sont bien camouflées mais si on écoute bien… Comme un psy ? ah non pas du tout, quelle horreur ! Juste découvrir le conflit dans toutes ses facettes puis aider à trouver des solutions qui satisfont tout le monde ( très amusant cette partie là, très créatif, tu aimerais…)

Bref, je me régale. Je passe du contrat international au harcèlement (ça, tu ne dois pas savoir ce que c’est, je t’en parlerai une autre fois), de la discrimination (nous avons des tas d’organisations tu sais, dont une qui s’appelle la HALDE, Haute Autorité pour la Lutte contre des Discriminations et pour l’Egalité, ça aussi je t’en parlerai une prochaine fois)… Tu vois, il est possible d’utiliser cette technique dans beaucoup de domaines…

Parfois, les gens croient que c’est un peu angélique, mais pas du tout. Ils font de la dérision parce qu’ils n’ont pas essayé et qu’ils sont vexés de ne pas avoir réussi à arranger le problème, ou qu’ils ont peur de perdre un certain pouvoir… Ils sont si en colère ou agacés… Moi, souvent, j’y parviens. Mais cela fait tout de même douze ans que j’ai commencé, alors j’ai fini par acquérir un peu d’expérience. Tu te souviens quand nous étions petits, grand-mère nous faisait toujours nous réconcilier, mais d’abord elle nous écoutait longtemps et elle ne prenait jamais partie pour toi ou pour moi, elle était patiente, tranquille… Avec son autorité naturelle… Et bien je crois que c’est un peu ça que je fais, et la patience, de nos jours, il faut en avoir !!!

Quand j’ai écrit douze ans tout à l’heure, je réalise que nous ne nous sommes pas écrit depuis trop longtemps, enfin pour te dire ce que je fais exactement. Le téléphone ne remplace pas l’écrit. Des nouvelles trop générales, du papotage. Si tu veux, nous pouvons décider en ce début d’année de nous écrire régulièrement et cela m’intéresse d’avoir ton avis sur les nouvelles du monde…

Toi aussi, écris-moi, parles-moi de ton pays d’adoption, de l’ambiance, du réchauffement climatique, des bruits, des oiseaux et des vigognes.

Vas-tu épouser Manuela cette année?

Je vais bien, merci, et les filles autant. On se voit en août à Maubeuge pour les 80 ans de Mamita.

Ciao, ciao et hasta luego.
Bisous

Sylvie
Contact


Sylvie est médiateur indépendant. Elle élève ses trois filles et partage sa vie professionnelle entre médiations actives, formation et animation. Elle s’intéresse à la négociation et à la prévention des litiges.
La rédaction la remercie d’avoir accepté de témoigner dans nos colonnes et espère des émules (rien à voir avec des émus, gnous ou vigognes).





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