La Revue Squire

Les changements politiques clés de 2012


Rédigé par Eduard Salsas le 19 Février 2013


Neuf des plus importants pays au monde ont tenu des élections en 2012. D’une manière ou d’une autre, les effets de ces élections se font sentir au-delà des frontières nationales. La France, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Égypte, les États-Unis, le Mexique et le Venezuela ont renouvelé en 2012 leurs principaux dirigeants politiques. Ensemble, ils représentent un tiers de la population planétaire.

La Russie a été la première à organiser des élections. Le 4 mars 2012, le tandem Vladimir Poutine-Dimitri Medvedev a de nouveau « switché » les postes de Président et de Premier ministre dans le particulier sainete politique russe. Poutine obtenait ainsi son troisième mandat présidentiel, poste qu’il avait déjà occupé entre 2000 et 2008, et Medvedev redevenait son Premier ministre suite à son mandat présidentiel de 2008 à 2012. Le Japon et la Corée du Sud ont terminé l’année avec les victoires respectives des partis nationalistes et de droite, ce qui augure la persistance de tensions avec leur voisin chinois.

Chacune de ces élections a démontré une originalité propre quant à l’issue du scrutin.

Certaines se sont illustrées l’incertitude des résultats. En effet, dans sept des neuf pays cités, les candidats étaient au coude à coude. Ce fut le cas par exemple du Venezuela ou de l’Egypte. En Egypte, où les premières élections avec un minimum de garanties démocratiques étaient célébrées, les Frères Musulmans de Mohamed Morsi ont remporté la victoire par une marge étroite face au candidat proche de l’ancien régime.

Pour d’autres, au contraire, le résultat était déjà largement déterminé à l’avance. Ce fut le cas en Russie et en Chine ; deux pays qui n’ont toujours pas réussi à élever leur culture politique aux standards démocratiques.

L’élection en Russie s’accompagne d’un revirement de la politique extérieure ; laquelle est désormais marquée par une forte dissension avec les États-Unis et la réaffirmation de sa position de puissance de premier rang dans l’ancienne zone d’influence soviétique. Ce phénomène s’est clairement manifesté sur la scène internationale avec le soutien de la Russie au régime de Bashar al Assad en chute libre depuis mars 2011.

Xi Jinping a été élu sans opposition en tant que secrétaire général du PCCh. Il succèdera à Hu Jintao à partir de mars 2013. L’élection chinoise, dont la procédure échelonnée est obscure, suppose l’arrivée au pouvoir de la cinquième génération après Mao Zedong. L’arrivée des « princes rouges » coïncide avec les récents scandales de corruption touchant Bo Xilan, le charismatique néo-maoïste disgracié depuis. En dépit de l’hermétisme du politburo du PCCh, les analystes internationaux ont vu dans l’élection de Xi Jinping une victoire de Jiang Zemin, troisième président de Chine, sur Hu Jintao, quatrième président qui abandonnera le poste début 2013. En matière de philosophie politique chinoise, ceci se traduit par l’avènement du libéralisme et des privatisations sur l’interventionnisme de l’État. L’attitude décomplexée de la Chine sur la scène internationale laisse entrevoir ses ambitions d’hégémonie asiatique et une croissante rivalité stratégique avec les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Quelques jours avant le congrès du parti communiste chinois, Barack Obama était réélu Président des États-Unis. Cette élection a offert le spectacle d’un choc entre deux philosophies politiques : la dérégulation et défiscalisation défendues par les Républicains face à la vision sociale-démocrate de Barack Obama. La clé de la défaite républicaine réside dans le changement démographique progressif amorcé aux États-Unis, où les minorités bientôt majoritaires (principalement les hispanophones) se sentent menacées par les politiques anti-sociales et anti-immigration du mouvement ultra du Tea Party. L’élection du Président des États-Unis est toujours la plus médiatisée au niveau planétaire, notamment du fait de son impact sur l’économie mondiale.

Le relai présidentiel au sud du Rio Grande a restauré la « monarchie » du PRI, après douze étranges années de traversée du désert. Rappelons que le PRI avait dirigé le Mexique pendant sept décennies de manière ininterrompue jusqu’à l’arrivée de Vicente Fox en 2000. Enrique Peña Nieto, nouveau Président du Mexique, opportunément marié avec une belle star de culebron, est confronté à une situation particulièrement difficile dans ce pays combinant une économie émergente avec une énorme panne institutionnelle. Cette stagnation est causée par l’insécurité, la corruption et le trafic de drogues, le défi de Peña Nieto étant de sortir le Mexique de l’actuelle paralysie économique et le placer en tête des économies émergentes.

Le Venezuela prend la direction opposée. Le populiste Hugo Chavez a renouvelé pour la troisième fois son mandat présidentiel, même s’il parait évident à tout le moins pour l’instant, qu’il ne pourra assumer cette responsabilité pour des raisons médicales. Son vice-président, Nicolas Maduro, devra mener le « chavisme » vers de nouveaux horizons, sachant que le futur du populisme en Amérique latine en dépend.

L’élection française fut passionnante. Le polyvalent et souvent polémique Nicolas Sarkozy a payé le prix de la crise économique et a passé le relais à François Hollande, le candidat gris du Parti Socialiste. Le début de sa Présidence a été plutôt décevant, à l’exception peut-être du « mariage pour tous », la courageuse et positive initiative qui devrait, enfin, déplacer la France de la catégorie des pays « vétustes » à la catégorie des pays « civilisés ». D’un point de vue général, la perte de poids de la France dans l’Europe et dans le monde, que Nicolas Sarkozy n’a jamais pu cacher, s’est « normalisée » sous la présidence erratique du Président « normal », catapulté jusqu’au sommet du pouvoir plutôt par les erreurs de son adversaire que pour sa capacité de mobilisation de la société française.

La nouveauté de 2012, issue du printemps arabe, a été l’arrivée plutôt accidentée et controversée de Mohamed Morsi à la présidence égyptienne. Dans un contexte de plus en plus islamiste, Morsi pourrait être un acteur clé dans les tensions entre Hamas et Israël à Gaza, la guerre civile syrienne et la crise nucléaire de l’Iran des ayatollahs, à moins qu’il ne soit déposé prochainement.






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