La Revue Squire

Le processus collaboratif en pratique


Rédigé par Christian Hausmann le 26 Juillet 2010


« A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes »

Une nouvelle star est née au firmament hexagonal, tout le monde en parle, dans les médias évidement, les dîners en ville, à Saintrop, dans le Lubéron du côté de Gordes, au large du golfe du Mexique, dans les faubourgs d’Addis-Abeba, à Paris-Plage, sur l’île d’Arros, au Quai des Orfèvres, rue du Fb Saint-Honoré, dans les gîtes de moyenne montagne et aussi à Shanghai, dans la fraîcheur du pavillon français.

Serait-ce Roman Polanski, dont l’extradition ne se fera pas grâce à une démonstration juridique implacable et totalement helvétique ? La justice yankee a fait croire au beau Roman (qui a acquis la nationalité française pour s’installer ensuite à Gstaad avec son ami Johnny. Être français est un honneur, mais cela ne suffit pas pour payer les impôts d’un pays où le fisc est trop vorace), qu’elle abandonnait toute poursuite après les 42 jours passés en 1977 au pénitencier de Chino en Californie (État en faillite dirigé par le musclé Schwarzenegger, traduisez nègre noir). L’Office fédéral de Justice (OFJ) a réinventé l’estoppel si prisé de la justice américaine. La demande d’extradition du cinéaste n’aurait pas de fondement en raison de la protection de bonne foi. L’OFJ a estimé que Polanski séjournait régulièrement en Suisse depuis 2006 et n’a jamais été inquiété jusqu’à son arrestation le 26 septembre 2009 lors du festival du film de Zurich. « Ces circonstances ont conduit à l’instauration d’un climat de confiance ». L’ Office en déduit que « Roman Polanski ne se serait certainement pas rendu à ce festival s’il n’avait pas eu confiance dans le fait que ce voyage n’aurait pas de conséquence juridique. ».

Non ce n’est pas lui. Fidel Castro peut être, qui vient de se donner comme Madona à son public en jogging Adidas, non c’est une star un peu ringarde, mais tellement plus sympathique que le Chavez, dictateur d’opérette du côté de Maracaibo et agresseur verbal de la Colombie. Me Alexandra Neri, l’avocat IP qui monte, pourquoi pas, non je ne pensais pas à elle, pas davantage au sergent Shalit, pas plus qu’à Samantha, l’austère et sémillante épouse de Cameron, à ne pas confondre avec l’héroïne éponyme de la romancière anglaise Samantha Harvey (dont il sera question dans la rubrique Culture et Papilles). Kerviel non plus, ce n’est décidément pas un comique troupier. Non, non et encore non. Il faut chercher du côté des Bettencourt, Woerth, Mestre et autre Bannier.

L’abus de faiblesse est un délit contagieux, ainsi que les écoutes téléphoniques attestées par Jean-Paul Belmondo qui vient d’en faire les frais. Son Bannier se prénomme Barbara Gandolfi, sa jeune compagne âgée de 35 ans, ex-modèle de Playboy, que Bébel a rencontrée en 2008 et qui s’apprête à le dépouiller. Le même scénario que dans l’affaire Bettencourt.


Tout le monde parle d’Oliver M, l’avocat de la fille B, mal aimé de Georges K, depuis leurs vacances à Vilnius en 2004 où ils se sont brouillés. Mais voilà que le FigMag N° 20515 (presque une commémoration de la bataille de Marignan des 13-14 septembre 1515) consacre un reportage à ce confrère inspiré et nous pique notre sujet.

Me Metzner, normand alors que son patronyme sonne le terroir fertile de la plaine d’Alsace, habitué de La Havane et de Ferrari, qui saute d’un concorde à la Société Générale, en passant par la case de départ Clearstream, alors que J6M (comprenez Jean-Marie Messier moi-même maître du Monde, du temps glorieux de Vivendi) , a préféré se passer des services de cet œcuménique avocat devenu trop voyant au goût de ses clients, patrons du CAC 40 -remonté à 3 500 - , bien que proclamé libre, donc indépendant. L’Expansion dans son numéro du 23 janvier 1997 publiait un article d’Hedwige Chevrillon, intitulé « Défenseur du PDG et de l’escroc » où elle relatait par le menu les affaires qui l’ont rendu célèbre, comme la défense de Loïk Le Floch-Prigent et Jacques Crozemarie, ancien gouverneur de l’Arc. Ils en avaient besoin ! L’olivier écrivait Hedwige pratiquait déjà des tarifs à l’américaine. C’était il y a 13 ans. Soyons beau perdant (vis-à-vis du FigMag) et passons à autre chose. Pas tout à fait. Marquons un temps d’arrêt réglementaire sur le tube de l’été, les tribulations de la Famille Bettencourt, à ne pas confondre avec le sapeur Camembert ou la famille Fenouillard.

Bien que partisan des ADR ou MARC, de leur discrétion pour régler les conflits, surtout familiaux, de la confidentialité inhérente et de l’apaisement qui les accompagne, la science juridique et la chronique judicaire continentales auraient été asséchées par la canicule estivale sans ce magnifique brassage et déballage de belles maximes, suspens, articles de presse, articles puisés dans les codes civil et pénal et révélations quotidiennes, c’est comme le maillot jaune, il change d’épaules selon la victoire d’étape.

Pensez donc à l’abus de faiblesse, au trafic d’influences, à l’ingratitude filiale, qui justifierait à elle seule la révocation des donations de titres l’Oréal, dont il a été récemment question, à la prise illicite d’intérêts, à la corruption généralisée, à l’enrichissement sans cause, au blanchiment d’une île réputée pour ses coco fesses et la fraude fiscale, à l’évasion et la dissipation, aux écoutes rendues licites par feu Mitterrand, à la prévarication, aux abus de biens sociaux et à l’atteinte à la vie privée, qui ne saurait exister en l’espèce, les protagonistes ayant tout fait pour laver leur linge sale en public avec des détergents corrosifs. Privilèges avec ou sans bouclier, à la générosité d’une riche héritière, à la mise sous tutelle, aux family offices et gestionnaires de fortune, au népotisme, aux cumulards, à la forêt de Compiègne, à France Galop présidé par Edouard de Rothschild, aux fondations, à Clymène aux yeux doux, à la bonne harmonie entre juge d’instruction et procureur, aux dîners en ville, aux enveloppes Kraft recyclables, au financement des partis politiques, quels vilains maux ! Il y a aussi la diffamation, le harcèlement aux quatre points cardinaux, le code du travail pour les nombreux employés de Liliane et ceux encore plus nombreux qui colorent les cheveux coupés en quatre chez l’Oréal.

La Consubstantialité

Les étudiants n’auront plus besoin d’acheter chaque année les codes Dalloz ou Litec, qu’ils soient pénal, fiscal, des sociétés, de la famille ou de procédure pénale, civile et pénal , tout étant accessible sur Internet. Dans le monde des people, chaque citoyen qui compte est à un titre ou un autre impliqué ou éclaboussé par l’Affaire, et plus particulièrement les milliers d’employés de l’Oréal. Ne pas avoir son nom dans la presse ou sur les ondes en rapport au feuilleton de l’été vous place dans la catégorie des humbles, ratés ou has been éloignés du pouvoir, de ses privilèges et cercles vertueux, du Fouquet’s -vous seriez éconduit si vous y mettiez les pied. Il est vrai que MAM (les plaies de l’été : méduses, algues vertes et moustiques – vous pouvez intervertir méduses et moustiques), garde des sots, est la seule qui se taise, et encore, alors que du côté du Faubourg et de la rue de Grenelle, on jase et jacasse énormément.

Les étudiants en droit et leurs professeurs se régalent. Il leur suffit de puiser dans la presse quotidiennement pour réviser leurs examens ou préparer leurs cours de la rentrée, les cas pratiques y sont déjà exposés, traités et déjà corrigés.

« La justice est une horloge que personne ne peut arrêter. »

C’est comme un tuyau d’arrosage quand le robinet ne ferme plus ou le joint a pété, c’est un peu ce qui est arrivé à BP dans le Golfe du Mexique.

De quoi s’agit-il ? De privilèges, d’âpreté, de promiscuité avec les pouvoirs publics, d’argent facile et hôtels particuliers où la domesticité est foisonnante, mais hostile, de surenchères entre ténors du barreau et du notariat, de copinage et de gigolos, de réseaux et d’Internet, de rigueur comme qui dirait le François Fillon japonisant et converti au bonzaï, de mégalomanie de vieilles dames et leur entourage avide, de pactes d’actionnaires, de lutte de pouvoirs entre multinationales helvète et hexagonale.

Objurgation

La seule certitude est que les avocats, de plus en plus nombreux dans l’Affaire, et ses nombreuses ramifications et sa périphérie seront gagnants. Les noms des grandes firmes sont régulièrement cités pour conseiller l’un ou l’autre des protagonistes, mais plus discrètement que les avocats pénalistes qui usent et abusent des micros. Perben, qui vient de prêter serment (c’est gratuit, un passe-droit pour anciens haut fonctionnaires - Bernard Pivot au secours, faut-il mettre un s à haut ?- , en l’espèce un ancien garde des Sceaux – haut fonctionnaire s’il en est– il y a déjà Rachida, Copé, Baroin, de Villepin …) est sur les rangs de ce juteux festin avec Antoine Beauquier et son beau-fils, le moment est bien choisi. Le contribuable ne sera certainement pas gagnant et l’addition lourde. La justice est un service public quasiment gratuit en 1ère instance. C’est donc nous qui allons financer ces milliers d’heures d’audience, rémunérer les greffiers, juges, procureurs, plantons, huissiers d’audience, policiers, fourgons cellulaires, fonctionnaires de la Place Vendôme, uniquement parce qu’une famille assez aisée, fort mal conseillée, semble-t-il, a choisi de se déchirer en public sans crainte de réveiller une eau qui dort et de braquer les projecteurs sur l’Oréal avec son passé singulier sous le régime de Vichy.

Il arrivera un jour où le lecteur et le téléspectateur trouveront ces nouvelles mortifères et demanderont grâce. Jean-Marie et Marine Le Pen en profitent déjà et ne vont par se priver, alors que Lamartine est embusquée. Quel aubaine… ha(r)ro(s) sur le baudet. Qui sera le chevalier blanc, l’amicus curiae, qui mettra un peu de raison, de bon sens dans cet gabegie, rien à voir avec la Gaspésie ?

Mais comment en est-on arrivé là ? Se donner ainsi en spectacle, en pâture médiatique, mettre en scène la vie privée de sa famille, éclabousser son entourage, vider les tiroirs est pathétique et pathologique. N’y a-t-il personne dans l’entourage de cette famille, quelque personne censée, dont le nerf de la guerre n’est ni le fric, ni la légion d’honneur, la plupart des protagonistes de l’affaire l’ont déjà ? Que dit ou fait le gendre, qui siège au conseil d’administration de Nestlé ? Faut-il croire que l’intérêt personnel des conseils et conseillers est tel que… ou alors qu’aucun n’a entendu parler de prévention, de confidentialité, de MARC et du processus collaboratif? Gageons qu’un juge se lèvera comme le messie pour proposer une médiation judiciaire avec toute garantie de confidentialité. Il n’est peut-être pas trop tard.

La justice offre rarement de garantie de confidentialité, il suffit pour s’en convaincre de noter que la note de synthèse dans l’expertise Hallyday contre le Dr Lajoue, sitôt remise aux parties, est déjà rendue public et selon le célèbre docteur tronquée. Qui se charge de rancarder les journalistes, dans quel intérêt ? La réponse est dans la question.

La confidentialité d’une médiation peut être organisée et le médiateur en être le garant. Il en est de même du processus collaboratif. Alors Mesdames Bettencourt et vos éminents conseils qu’attendez vous ? Allez-vous continuer à vous traiter de noms d’oiseaux par communiqués de presse interposés, déclarations tonitruantes de vos conseils et ridiculiser le pays, sa justice et tous les hommes en robes noires ? Plus grave encore, vous n’hésitez pas à déstabiliser de grandes entreprises rentables et tous leurs collaborateurs. De quel droit agissez-vous ainsi ?

Nous vous suggérons de vous familiariser d’urgence avec le processus collaboratif en famille, mais vous l’avez sûrement déjà tenté, comme la médiation. Pour ceux que cette technique intéresse, sachez que nous réfléchissons à un Vendredi Vélasquez à programmer à la rentrée. En un mot, il s’agit d’un mode de résolution alternatif, adapté aux conflits dans le sein familial, qui privilégie l’apaisement et favorise la collaboration entre les membres du clan et leurs conseils (avocats et experts), dans le respect de la dignité et de la confidentialité. Ce sont bien la dignité et la confidentialité qui font cruellement défaut dans l’Affaire B. ou le feuilleton de l’été. L’implication des membres de la famille est indispensable, comme la formation des avocats au processus, qui s’engagent à se désister, c’est à dire qu’ils ne pourront pas représenter leur client en justice en cas d’échec du processus.





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