La Revue Squire

Le dernier soupir de Monsieur Chessex


Rédigé par Emdé le 23 Juillet 2010


Ils ont en commun deux choses au moins : d’abord d’être de grands petits livres, une centaine de pages aérées, (il faudra un jour qu’on évoque les ouvrages qu’on peut qualifier par cette alliance de mots) et ensuite d’être parmi les tout derniers de leur auteur.

Dans « Le vampire de Ropraz » (2007), Jacques Chessex fait – à partir d’un fait réel – la chronique de plusieurs profanations de sépultures assorties d’actes de cannibalisme. Dans « Un Juif pour l’exemple » (2009), quelques habitants de Soleure, illuminés par le nazisme triomphant en Allemagne en 1942, choisissent une victime expiatoire en la personne d’un marchand de bestiaux juif qu’ils abattent puis dépècent. Enfin « Le dernier crâne de M.de Sade » est le roman que notre auteur termine quelques jours avant de mourir, le 9 octobre 2009, à l’âge de 75 ans.

Il y fait revivre les derniers jours du scandaleux marquis.

Une même thématique parcourt les trois œuvres, et elle est des plus sombres, on le devine. C’est avec une précision clinique et dans une langue d’une rigueur exemplaire que Jacques Chessex décrit des hommes et des turpitudes extrêmes : la lecture s’avère éprouvante par moments.
Nulle complaisance pourtant dans ces pages terribles, car l’auteur ne juge pas avec distance. Il a partie liée avec les figures effrayantes qu’il peint, au nom de l’humaine condition, de cette double postulation qu’affirmait Pascal (Blaise) qui tantôt l’élève vers l’absolu du bien, tantôt l’entraîne dans les abîmes du mal, tout aussi absolu.

Cette première matière se double d’une critique tant sociale que politique. Que ce soit un petit peuple fruste ou une bourgeoisie éclairée et replète, les deux abritent leur part mauvaise sous des façades vertueuses et des visages placides, l’insoutenable légèreté de la bonne conscience.

Pareillement est égratignée – sans la violence imprécatoire d’un Thomas Bernhard ou d’une Elfriede Jelinek contre l’Autriche – l’helvétitude ou la suissitude – pardon pour ces hideux néologismes, faite d’abord de paysages dont le bel ordonnancement suscite le malaise à l’instar des images qu’en donnent les films de Tanner ou de Soutter, par exemple.

Autant dire que l’œuvre abondante et exigeante de Jacques Chessex ne lui a pas valu que des amitiés dans ce petit pays neutre. Elle mérite d’évidence qu’on l’explore plus avant.

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Les trois titres ont paru chez Grasset et Fasquelle







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