La Revue Squire

La guerre des boutons*


Rédigé par Christian Hausmann le 1 Février 2008


La guerre des boutons*
C’est l’histoire d’un professeur de collège nordiste qui gifle un élève de 6ème insolent et qui se retrouve au violon, mis en examen et déféré en correctionnel pour violence aggravée sur mineur (dans le bassin minier du Nord) et cruauté, sans intention de donner la fessée, il faut dire que le père du chenapan est gendarme.

On ne se lasse pas des anecdotes mettant en scène la garde de Sceaux, alors que la cote de popularité des piles Duracell est en chute libre et que seule la pile Wonder pourrait la rempiler, à moins que ce ne soit une wonder woman sortie d’un vol Ryanair.

Je voulais vous parler de la neige qui tombe inlassablement depuis plusieurs jours sur la Chine.

Chaque fois que j’ai un sujet en or, je me disperse avec des histoires du petit Nicolas (bling-bling, flon-flon), le citoyen d’honneur de Gstad, de Rachida, de Chavez ou d’Arnaud K, mes préférés, mais il y a aussi le hollandais avec son ex concubine de sang bleu. Oui, la neige tombe sans discontinuité sur l’immense Chine, ensevelie sous une épaisse couche molle et blanche qui paralyse le pays avec son réseau électrique et le transport en capilotade, les JO sont retardés. C’est cette même neige qui tombe silencieusement pendant des jours que Orhan Pamuk a décrit lentement dans son roman Kar, en turc, traduit en « Neige ». Lisez-le. Cela se passe à Kars, du côté de l’Arménie, région rattachée à la Turquie en 1920 (Folio 4531, plus de 600 pages). Rien à voir avec les neiges du Kilimandjaro, bientôt un simple souvenir dû au réchauffement climatique, le doute est toutefois permis avec les 40 centimètres de neige tombée ce week-end sur Val d’Isère, du jamais vu.

La neige est également le héros du petit livre d’Amélie Nothomb, « le sabotage amoureux » (livre de poche 13945) que je vous conseille de lire toute affaire cessante, lecture de métro ou de voyage ferroviaire, une centaine de pages avec lesquelles vous vous délecterez. Cela se passe à Pékin, entre 1972 et 1975, lors de la dernière phase de la révolution culturelle. La neige tombe en abondance dans ce livre, mais très vite, elle prend une couleur grise et sale dans cette ville alors amorphe et quasiment sans activité, aux antipodes de la frénésie qui règne aujourd’hui à Beijing, mais surtout à Shanghai. En l’espace d’une trentaine d’années, la P.R.C a changé de cap à 180°. Ce petit livre d’Amélie Nothomb, une belge francophone, est riche en belles phrases et chaque ligne ou presque, enferme une perle nacrée : « mais l’un des vices de l’histoire est que l’on situe les débuts où l’on veut ». C’est bien le cas de la Chine de 2008. Autre citation : « la révolution culturelle interdit aux fleurs de sentir la fleur » ou encore « les fleurs de serre sont belles comme des mannequins, mais elles n’ont pas d’odeur …».

L’actualité judiciaire est toujours aussi riche dans la France, néo-chiraquienne, les français se passionnent pour les procès en regardant Avocats & Associés sur FR2 le vendredi soir ; quel spectacle édifiant. C’est du marketing direct pour notre confrérie. Le premier procès Erika, qui a eu lieu 8 ans après la catastrophe, a homologué le préjudice écologique, et nos concitoyens ont appris que les oiseaux avaient un prix (70€ la mouette). Mais, la justice n’a pas dit son dernier mot, Total ayant fait appel. Il faudra donc attendre plusieurs années pour connaître le prix définitif du cormoran mazouté et s’il existe bien dans notre droit un préjudice écologique. Il aura fallut attendre 14 années pour connaître le dénouement judiciaire américain du naufrage de l’Amoco Cadiz, Erika est donc dans les temps.

Saviez-vous que la France manque de vaches ? Il n’y a pas si longtemps, Bruxelles accordait des primes aux éleveurs français pour abattre leur bétail, c’est un peu comme les médecins dont on a freiné la formation, aujourd’hui, il en manque dans les campagnes à l’instar du lait, dont les prix flambent. En remplacement des primes d’abattage des bovins, le gouvernement accorde à vau-l’eau des primes à la destruction des bateaux de pêche, pendant que les centres Leclerc retirent de la vente la vache qui rit, dont Bel a un peu forcé le prix.

Revenons à la justice. Cette semaine, le TGI de Saverne a condamné Volvo à 200 000€ en raison de la défaillance du système de freinage d’un véhicule suédois conduit par une alsacienne qui en a perdu le contrôle, bilan deux enfants tués. L’affaire remonte à 1999, donc il y a bientôt 10 ans, la justice en France est immédiate, accessible et rapide et Volvo savait…

Restons en Alsace, à Erstein, capitale sucrière, près de Strasbourg, où vient d’être inauguré le musée Würth, du nom d’un industriel allemand qui a choisi le site d’une de ses usines pour établir en France une des collections d’art phare du XXème siècle, pendant que notre François national, le fils d’un marchand de bois breton, ami de l’ancien président, a préféré transporter ses œuvres contemporaines bien acquises à Venise au lieu de les exposer sur l’île Seguin et les éloigner ainsi des yeux avides du contribuable français.

C’est aussi à Strasbourg qu’a ouvert le premier musée consacré à l’œuvre d’un artiste vivant, Tomi Ungerer (Villa Greiner, avenue de la Marseillaise). Vous n’avez donc plus aucune excuse pour ne pas vous rendre dans la capitale de l’Europe, il vous en coûtera deux heures en TGV, dépêchez-vous, la SNCF augmente ses tarifs, en attendant qu’Alstom ressuscitée livre l’A.G.V. ! A défaut, vous pourrez toujours réserver pour le lundi de Pentecôte, redevenu férié. Voilà une mesure courageuse, qui illustre bien la conviction de réforme de nos gouvernants et aidera à l’augmentation du pouvoir d’achat des hôteliers strasbourgeois (voir projet de loi du même nom et rémunération des stagiaires à 30% du SMIC). Il y a bien d’autres musées à Strasbourg, le musée alsacien, le palais des cardinaux de Rohan, le presque nouveau musée d’art moderne derrière la petite France, pour n’en citer que quelques-uns. Vous pourrez aussi découvrir la gastronomie alsacienne et ses vins en nette amélioration, tout en évitant, en ce début d’année, la cohue du marché de Noël qui a refermé ses portes. La parité chère à notre nouveau président, milite pour que les visiteurs de la belle Alsace ne soient pas exclusivement d’origine teutonne. Cette parité se fera grâce au TGV.

Vous m’autoriserez à ne pas vous parler des élections municipales, qui sont fort engagées dans la capitale, Rachida ayant choisi son camp en figurant en bonne place à côté de l’homme à l’écharpe blanche ou bleu ciel retournée (J-M Cavada) sur la liste de la dame de Panafieu. Il y aurait bien sûr beaucoup à dire sur les 316 propositions du think tank de l’ancien sherpa du président à l’écharpe rouge, qui nous valent des embouteillages monstres dans Paris, réaction légitime des chauffeurs de taxis que l’on veut exproprier de leur plaque. Bien sûr, la suppression des départements, créés par Napoléon, le petit, est une mesure essentielle, qui ne mobilisera pourtant que les préfets, chômeurs en herbe. C’est des hommes de gauche, des conseillers du prince, que nous, pauvres citoyens lambda, attendons le meilleur et le pire. En l’espèce le colbertisme attalien est au-delà de notre entendement, mais rassurez-vous, la mise en œuvre de ces 316 propositions, dans un pays qui compte plus de 365 fromages, n’est pas pour demain, il faudra au moins laisser passer les élections municipales, qui ne s’annoncent pas si favorables au parti du président. Par contre, la task force anti-fraude fiscale et sociale, lancée par l’Elysée et la mise en œuvre de l’accord syndical sur la modernisation du marché du travail devraient, après le cafouillage des 35 heures, servir les candidats de la droite dispersée, à moins qu’ils ne soient centristes ou carrément rescapés du PS, dont Michel Rocard vient de sauver l’honneur en raccrochant son tablier, alors que Frédéric Mitterrand, le neveu, prend du service.

Vous l’aurez compris, je ne parlerai pas de Jérôme Kerviel, le nouveau Rambo, ni de ses avocats, malgré le titre de cet éditorial, et de l’extraordinaire conte de fées qu’un certain établissement financier essaye de nous faire gober. Aujourd’hui, un seul constat, les avocats de la place de Paris ont révisé en hausse sensible leur budget pour 2008. Les 5 milliards d’euros ont changé de poche(s) et ne reviendront pas dans celle de la banque du boulevard Haussmann, installée à la Défense, par contre, les avocats sont mobilisés en masse au soutien des nombreux acteurs de cette mauvaise farce, comme un jour de manifestation sur les marches de notre beau Palais de justice, dont on veut nous expulser pour un déferrement en banlieue (comme les 6 condamnés de l’Arche de Zoé, dont la peine tchadienne de travaux forcés vient d’être commuée en emprisonnement par la justice française dans un délai record de quelques semaines, une justice vélib existe donc). Il est certain que nombre de français ne connaîtront pas le dénouement judiciaire de cette soi-disant fraude sidérale, sauf à revenir de l’au-delà pour les plus anciens. Il y en aura bien pour une quinzaine d’années avec des allers et retours à la Cour de cassation et à la CEDH, que je vous conseille de visiter lors de votre prochain séjour à Strasbourg.

Prosternez-vous devant la robe de mon associée Marie-Aimée Peyron, qui vient d’être élevée au rang de chevalier de la légion d’honneur par Rachida, gardienne à Sceaux. Restez prosternés pour féliciter le nouveau couple présidentiel tonitruand.

Je vous invite, maintenant, à lire la partie sérieuse de notre Revue, où il sera question, pêle-mêle, de nouvelles têtes chercheuses collaboratrices, de la construction d’un réseau méditerranéen d’avocats, de Mark Miller, spécialiste de droit du sport, dont nous publions le portrait, de la neige, encore, lors d’une sortie à la montagne de notre équipe corporate et de bien d’autres bonnes choses. Notre courrier des lecteurs est, pour une fois, alimenté ; je vous encourage à imiter Sylvie Adijes, médiateur, qui a bien voulu témoigner dans nos colonnes.

Bonne année au milliard++ de chinois et vogue les conteneurs en perdition.


*Vous l’aurez compris, le titre de cet éditorial n’a aucun rapport avec son contenu débridé, toute ressemblance avec des événements récents serait purement fortuit.





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