La Revue Squire

L’éradication du déficit public français est-elle à portée de main(s) ?


Rédigé par Christian Hausmann le 20 Mars 2012


Il faut trouver au bas « maux » 1.400 milliards d’euros. Le non remplacement de milliers de fonctionnaires, la baisse des prestations sociales, y compris les retraites et l’allongement du temps de travail, la TVA sociale, la modération du train de vie de l’État, la réduction du nombre des conseillers des cabinets ministériels et 5 oscars n’y suffiront pas. Où alors trouver le solde sans agiotage proscrit par Angela ? Vendre des terres agricoles en Beauce, dans l’Aisne ou en Picardie aux chinois ? Pourquoi pas, ils ne pourront pas les délocaliser et la terre restera bien hexagonale, seules les récoltes annuelles de betteraves seront prélevées par l’étranger (la France a produit en 2011 4 millions de tonnes de betteraves à sucre, dont 2 millions pour le marché national et 2 millions pour l’étranger). Il suffit de leur louer les terres, comme les pandas pour 18 ans, selon un bail de fermage ou rural et pourquoi pas un bail emphytéotique non pas de 99 ans, mais de 18 ans au plus. Mais cela ne suffira toujours pas, à moins que les loyers soient particulièrement élevés et indexés sur la notation de S&P et nos vignobles ajoutés.

Le Qatar et son émir (Hamad ben Khalifa Al Thani) pourraient être appelés à la rescousse pour faire l’appoint. Ils sont friands de licences de produits de luxe. Voilà qui donne des idées. On leur licencie pêle-mêle Hermès, Dior, Chanel, le Panthéon, la Tour Eiffel, le CNRS, les droits de distribution sur The Artist, Intouchables, la SNCF, Michelin, Polytechnique et HEC. On délocalise nos actifs immatériels. Le Louvre est bien à Abu Dhabi, Pompidou à Metz, alors pourquoi pas HEC ou l’ESSEC à Shanghai ou Doha ?

Le Sultan de Brunei, Haji Sir Hassanal Bolkiah Muizzadin Waddaulah, qui fêtera son 66ème anniversaire le 15 juillet prochain, sera également sollicité, ainsi que les grands fonds souverains qui trinquent au pétrole.

Mais cela ne suffira toujours pas pour effacer 1.400 milliards d’euros, même si on vendait toutes les équipes de foot au Moyen Orient à l’instar du PSG. Il reste nos trésors artistiques, à l’instar des Joueurs de Cartes de Cézanne, dont une version vendue récemment à l’émir du Qatar a rapporté $250 millions. Évidemment, si la France possédait Apple et qu’un président socialiste pouvait la nationaliser à l’instar de ce qui s’est passé en 1981, cela résoudrait un tiers du problème. Autrement dit, comme la valorisation boursière est de 500 milliards de dollars, un tiers du chemin serait parcouru. Le raisonnement est un peu simpliste me direz-vous et j’en conviens. Évidemment, les 6 milliards de profit de BNP Paribas en 2011 ne suffiront pas, loin s’en faut pour éponger notre déficit abyssal, mais c’est mieux que les autres banques européennes.

Sur la base de ce prix unitaire pondéré de $280 million, il suffirait de soulager les caves du Louvre et autres musées nationaux de cinquante mille œuvres d’art. Faire de la place dans les réserves des musées de France (il y a près de 1500 lieux muséaux sous le contrôle scientifique et technique de l’État dans l’Hexagone) en vendant tout ce qui n’a pas tourné depuis cinq ans, la dette publique se résorbe comme peau de chagrin et par enchantement. Organisons les ventes aux enchères, d’autant plus que Sotheby’s est entre de bonnes mains françaises, l’ami de cœur de Chirac. Il reste quatre « joueurs de cartes », une Joconde et sa sœur, la « Mona Lisa du prado », des centaines de Dubuffet, Poussin, Matisse, David et Goliath, impressionnistes en surnombre, des Courbet refusés et puis, comme c’est au poids, on ajoutera des Rodin, Bourdelle et Belmondo, dont un musée surchargé à Boulogne n’attend que cela. Alain Seban, Président du centre Pompidou, est « disposé à délocaliser » son musée (le Monde, 2 mars 2012 page 22) « Il faut oser une politique de marque. On ne la vendra pas, on la louera pour une durée limitée. Mais sans fragiliser la fréquentation à Paris. ». Voici les propos de Monsieur Seban dans son entretien au Monde parlant de la valorisation de la marque « Pompidou » et les manières de faire de l’argent. « Je pense avoir donné au Centre Pompidou un élan collectif. C’est une réussite globale. » Nous sommes donc d’accord.

N’en jetez plus.

Et tous ces manuscrits de la Bibliothèque François Mitterrand avec incunables et livres d’heures aux belles enluminures, inaccessibles au public, telles les Grottes de Lascaux, scannés par Google, il prennent de la place (au prix du m² de poussière, pensez donc), se font bouffer par les mites, tics, termites, acariens et autres insectes xylophages. Faire le ménage est une action de salubrité publique. Cela empêchera des conservateurs indélicats, des Michel Garel, d’arracher des pages de manuscrits hébreux (une bible contenant le pentateuque datant du VIIIème siècle).

Nos musées contiennent des milliers d’œuvres étrangères, qui ont été dérobées par des aventuriers peu scrupuleux au cours des siècles (François 1er, Bonaparte, André Malraux, …) qu’il faudra un jour restituer comme la vingtaine de têtes maories momifiées et tatouées du muséum d’histoire naturelle de Rouen et du Quai Branly ou les restes de Saartjie Baartman, la Vénus hottentote.

Le jour de la restitution des momies égyptiennes et leurs sarcophages, l’art africain, les sculptures précolombiennes, les antiquités romaines et grecques est proche. Autant les confier contre espèces sonnantes et trébuchantes aux sultans et émirs riches en pétrole, mais aussi aux norvégiens et chinois.

Que les candidats sérieux réfléchissent et le prochain président élu mette en œuvre ce plan de résorption du déficit avant que les anglais et autres nations de la vieille Europe nous prennent de court et que le marché de l’art soit saturé et les prix chutent. Aussi, les confettis pétroliers ne sont pas éternels, le pétrole se faisant plus rare. Déjà l’Angleterre a vu sa manne d’eau de feu tarir après une vingtaine d’années d’exploitation. Alors dépêchons-nous et arrêtons de tout muséifier, partageons.

Faut-il regretter un appauvrissement relatif des réserves de nos musées et du patrimoine national, alors que la culture générale est condamnée même à Sciences Po ? La fréquentation des musées n’en pâtira pas, il faut bien occuper les touristes par temps de pluie et les écoliers le mercredi, et faire de la place à la création contemporaine. La Joconde vendue pourrait être remplacée par une copie conforme ou mise en time-sharing, six mois à Doha, six mois au Louvre.

Le PPP, le crédit bail et les family offices seront mis à contribution, le troc d’œuvres d’art contre pétrole encouragé.
Voilà bien une mesure réformatrice, un antidote radical au déficit public accumulé depuis plus de 30 ans, que le prochain président serait bien inspiré de soumettre à référendum. Qu’en dit Frédéric Mitterrand ? Il a dû y penser lors de son récent déplacement à Tarbes, mais n’ose pas en parler à son mentor fort occupé. Toute bonne idée pour résorber le chômage, les déficits publics et relancer la croissance est bienvenue. L’immobilier parisien est une piste sérieuse. Écrivez-nous.





Nouveau commentaire :



Vous souhaitez recevoir nos articles par mail, saisissez ci-dessous votre adresse mail :
















Rester Connecté
Rss
LinkedIn
Twitter




Si vous souhaitez recevoir par email, dès leur mise en ligne, tous les articles publiés sur La Revue, saisissez ici votre adresse :