La Revue Squire

Grinder’s Stand, Tennessee


Rédigé par Christian HAUSMANN le 13 Octobre 2009


L’actualité du mois écoulé a été particulièrement riche, mais n’est-ce pas notre litanie chaque mois, à l’heure du bilan et de notre éditorial. Il est trop tôt pour tirer un enseignement du procès Clearstream, qui mobilise des dizaines d’avocats sans que la parité n’ait été respectée, elle n’a même pas été abordée vu que l’ensemble des avocats mobilisés, et non des moindres, sont du sexe fort. Doit-on en conclure que la parité est réservée au politique, mais n’a pas sa place dans les prétoires, alors que plus de 50 % de nos confrères sont des femmes ?

Nous attendrons la sortie du livre de VGE (à ne pas confondre avec BHL – Benson & Hedges Light) pour nous prononcer sur ses relations supposées avec une princesse. Il en est de même du livre de Frédéric Mitterrand que nous n’avons pas eu envie de lire, probablement pour éviter d’arbitrer un débat malsain. Sans aucun souvenir des films du grand metteur en scène franco-polonais, nous estimons qu’il est urgent de se taire et de laisser la justice américaine passer. C’est en prenant la défense de Polanski lors d’un colloque à Yverdon-Les-Bains, que Jacques Chessex (Goncourt 1973 pour L’Ogre) est décédé brutalement à 75 ans.

L’actualité est dominée par la fraude en bande organisée, fraudes électorales au Gabon et en Iran, mais également en formule 1, tricheries encore par l’établissement de faux listings, fondement de l’affaire Clearstream.

On apprend que Madoff aurait moins escroqué ses riches victimes. Il en sera bientôt de même de Kerviel qui a fait gagner beaucoup d’argent à la Société Générale, avec tous ses boutons de guêtre retrouvés

Laissons reposer ces miasmes et aérons le débat. Des sujets d’une bonne élévation retiennent notre attention. Ainsi, faut-il abandonner l’intime conviction des jurés en Cour d’assise au profit de la motivation comme le préconise la CEDH et le rapport Léger ?

Notre société et notre profession seront-elles valorisées par la création du Haut Conseil des Professions du Droit préconisée par notre confrère Darrois ? La multiplication des hautes autorités, à l’instar de la Halde, est-elle de nature à enrayer la multiplication des fraudes, discriminations, tricheries et indélicatesses que nous observons tous les jours ? La gouvernance a-t-elle changé le comportement de nos entreprises au-delà des apparences ?

Nous sommes favorables à l’acte contresigné par un avocat (proposition de loi du député Blanc), qui s’il était adopté permettrait à nous autres avocats d’être à niveau avec les notaires, en ce qui concerne les actes authentiques, ce qui contribuerait à instaurer une saine concurrence entre des professions du droit destinées à vivre séparées encore longtemps, Maître Darrois n’ayant pas osé préconiser la fusion. Rassurez-vous les travaux de la Commission Darrois ne tomberont pas dans l’oubli, l’actuel garde des Sceaux, digne successeur du député européen Dati, ayant déposé un projet de loi sur la profession d’avocat (encore une loi) pour, dit-il, « moderniser l’organisation de la profession pour plus de gouvernance, rapprocher des professions du droit (sans précisions) et adapter l’exercice professionnel à la société ». Quand cessera-t-on de légiférer sur notre profession qui est à même de prendre en main sa destinée et son évolution avec l’aide des nombreux organes qui la dirigent comme les conseils de l’ordre et le CNB ? Avons-nous vraiment besoin d’une loi pour adapter notre profession à la société ?

Parmi les anniversaires, retenons les 120 ans du Moulin Rouge, que Georges Simenon disparaissait il y a vingt ans, que Meriwether Lewis se suicidait voici 200 ans et que la Cimade fête son soixante-dixième anniversaire. Qui étaient-ils me demanderez-vous ? Pour ce qui est de la Cimade, il s’agit de cette ONG d’aide aux personnes déplacées créée en 1939 lors de l’évacuation forcée des Alsaciens-Mosellans dans le Sud-Ouest de la France aux premières heures de la deuxième guerre mondiale. Avez-vous oublié que sur une profondeur de 9 à 10 kilomètres derrière la ligne Maginot, alors que Hitler était occupé en Pologne, le gouvernement français et son état-major, dont les qualités et l’énergie ont été révélées en juin 1940, avait décidé le 1er septembre, de déplacer plus de 600 000 habitants pour créer une zone tampon militarisée derrière la ligne Maginot vide de toute population civile ? Cet exode massif, mais organisé (évacuation en trains et en autocars) a non seulement concerné 550 communes de la frontière belge à la frontière suisse, mais également toute la population de Strasbourg. Après l’armistice, les déplacés ou évacués de force ont pu regagner leur domicile après une absence de près de dix mois, entre-temps ils étaient devenus citoyens du Reich. La Cimade a survécu, elle est aujourd’hui présidée par Patrick Peugeot et poursuit son action au service des plus démunis, des prisonniers et des migrants. Elle intervient en France avec près de 2000 bénévoles, mais également dans les pays du Sud de la Méditerranée, dont proviennent de nombreux migrants qui traversent la France ou s’y installent.
Grinder’s Stand, Tennessee

Carte de l'expédition Lewis and Clark (1804-1806), source : Wikipedia

Meriwether (se prononce comme merry weather) Lewis, un héros de l’histoire américaine, un temps le secrétaire de Thomas Jefferson, le premier gouverneur de la Louisiane juste après son intégration dans la Confédération suite à son rachat à vil prix à la France, orchestré par le Consul Bonaparte qui avait un besoin pressant d’argent pour financer ses guerres continentales, mais surtout le héros de la première traversée des Etats-Unis d’est en ouest. Ce périple traversier de près de trois ans à pied, à cheval et parfois en bateau a été apparemment si riche et exceptionnel que Lewis n’a pas réussi à se réadapter à la vie civilisée à son retour. C’est ainsi que la légende du Far-West rapporte qu’il s’est suicidé le 11 octobre 1809 dans une taverne nommée Grinder’s Stand dans le Tennessee sans laisser la moindre lettre explicative. Gageons que de nombreux ouvrages seront publiés sur cette fabuleuse traversée qui fait partie de la grande épopée américaine. Une certaine Amérique puritaine a eu du mal à admettre dans son gotha de célébrités un suicidé. Deux cents ans suffiront-ils à surmonter cette mise à l’écart historique ? Son expédition aux côtés de William Clark le mérite bien puisqu’elle fut la première du genre, ce qui lui avait valu de recevoir un financement de 2500 dollars de l’époque par le Congrès. En lieu et place de mammouths, volcans et montagnes de sel, cet aventurier fit la rencontre des rapides du Missouri, de la faim, du froid, des attaques d’ours et de l’hostilité des Améridiens, pendant que l'expédition a considérablement fait progresser la connaissance de la géographie de l'Ouest américain, de la faune, de la flore et des peuples autochtones. C’est un peu comme le voyage de Bonaparte en Egypte.

Nous aurions aimé vous parler du dernier Prix Nobel de littérature tout en laissant à d’autres le privilège de parler du Prix Nobel de la paix, mais n’ayant encore lu aucun livre de Herta Müller, dont peu ont été traduits en français, il vous faudra patienter. N’ayant pas assisté à l’un ou l’autre des concerts de Prince dimanche dernier, sous la verrière du Grand Palais, nous nous sommes contentés d’admirer la foule immense qui se pressait devant les portes d’entrée vers 16h.

Il sera question dans cette Revue d’automne d’arbitrage, de l’interview de Marie Brittenden, d’actualité des garanties de passif et d’autres thèmes passionnants que je vous invite à découvrir. En attendant, nous avons pris en bordure du parc Monceau toutes les mesures possibles et imaginables pour protéger nos avocats et collaborateurs de la pandémie grippale et continuerons à assurer notre service quasi-public 24 heures sur 24 comme à l’accoutumée. Venez nous rendre visite en toute sécurité et nous prendrons soin de vos affaires. En sortant, vous ne manquerez pas de vous rendre au musée Cernucci pour l’exposition grandiose des Buddhas du Shandong, la collection permanente étant accessible gratuitement au public.

Vous retrouvez depuis début octobre les coquilles Saint-Jacques sur l’étal de votre poissonnier. Un vrai régal, si vous les aimez.






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