La Revue Squire

Des helvètes, des Bettencourt et des LBO


Rédigé par Christian Hausmann le 15 Décembre 2009


Le choix du thème central de mon édito de ce mois a été délicat, tant l’actualité est fournie de faits mémorables. Il y a d’abord et surtout Copenhague, mais c’est trop tôt pour en dresser le bilan. Nous taisons pudiquement le coma artificiel de notre Johnny international, des coups et plaisirs de son chirurgien people et ceux reçus dimanche par le buffone . J’apprends à l’instant que Monsieur Smet s’est réveillé et que les vols Paris LA sont pleins, les visiteurs se pressant dans la suite hospitalière de la star du yéyé. La libération sous caution de Roman Polanski astreint au bracelet dans une luxueuse villa à Gstaad retient notre attention. Le cautionnement judiciaire est éloigné de la culture française, mais très prisé dans le pays des 3 ou 4 minarets, dont le nombre est figé constitutionnellement pour l’éternité en Helvétie. Tiens, on ne parle plus de Tapie, aurait-il remis son dévolu sur le Club Med qui se développe en Chine ?

En cette période de rentrées fiscales difficiles et de comptes en banque de non-résidents en chute libre, les helvètes ont besoin de renflouer leurs réserves et une petite caution de FS 4,5 M, même si une hirondelle ne fait pas le printemps, met de l’edelweiss dans les pissenlits. Les descendants des conjurés de Uri, Schwyz et Unterwald, Guillaume Tell et Calvin prient pour que leur encombrant résident cautionné, étranger de surcroît, se fasse la malle, parte et débarrasse le plancher des vaches, les procureurs américains se débrouilleront bien et à eux les 4,5 M FS (CHF).

Il y a bien sûr les Bettencourt , mère et filles, aux prises avec la justice et le sulfureux bénéficiaire des largesses de la dame la plus riche de France. Le François-Marie Banier gigolo, écrivain ou photographe. Cette vieille dame est défendue par Me Kiejman, elle, la fille du fondateur de L‘Oréal, Eugène Schueller, cagoulard, factieux et collaborateur . Cette sordide affaire qui fait remonter à la surface les miasmes des années noires de la collaboration et les compromissions de l’après-guerre où l’industrie et le politique s’épaulent dans des combinaisons sordides, gagneraient à être résolue en dehors des prétoires du palais de justice où le débat est forcément public. Ne s’agit-il pas d’une affaire de famille qui mériterait d’être couverte par le voile pudique de la confidentialité ? Comme les protagonistes de cette médiocre affaire sont incapables de laver leur linge sale en famille et que leurs conseils les poussent apparemment dans les salles d’audience, un mode alternatif ou plutôt « approprié » de résolution des conflits (ADR ou MARC) ne serait-il pas indiqué en l’espèce ? Qui mieux qu’un médiateur aguerri pourrait les aider à trouver une sortie honorable à ce conflit familial, dans la discrétion et l’amour filial reconstitué ?

L’actualité montre du doigt un secteur sinistré où la médiation aurait sa chance pour solutionner les difficultés économiques et financières judiciairement insolubles. Je veux parler du LBO qui est en pleine déroute, alors que pendant les premières 8 années du nouveau siècle, il était roi et assurait à des jeunes diplômés de grandes écoles des revenus pharaoniques. Le LBO est mort, ce n’est pas moi qui l’affirme, mais la sérieuse revue professionnelle du secteur « Capital Finance », dont le dernier numéro est intitulé « LBO 2009 : l’équation insoluble » . Un grand nombre de LBO, avec effet de levier (dette senior et financement mezzanine) est incapable de rembourser sa dette d’acquisition. Il est donc fait appel à des « company doctors », des spécialistes du retournement et du « restructuring », des conseillers en optimisation de la performance. Parfois le passage par la case du redressement judiciaire ou du mandat ad hoc s’impose. Evidemment, les protagonistes de ces montages à fort effet de treuil n’ont plus les mêmes intérêts lorsque la cible est incapable de verser les dividendes, même en franchise d’impôt, permettant le remboursement de la dette d’acquisition. Entre les différents protagonistes (dirigeants, repreneurs personnes physiques, banquiers de bas et de haut de bilan, arrangeurs de financements mezzanines, actionnaires salariés et parfois actionnaires historiques ou familiaux), plus rien ne va. En effet, il s’agit de répartir équitablement les efforts et les sacrifices de l’échec de ce que les anglo-saxons appellent le « fair burding-sharing process », ce qui n’est pas aisé. Bien sûr les spécialistes du retournement, qu’ils soient avocats, experts comptables ou autres consultants, mais également les « company doctors » dont j’ai déjà parlé, sont disponibles pour offrir leur services contre rémunération, comme d’ailleurs les administrateurs ad hoc et judiciaires. Un médiateur indépendant et formé au processus de négociation assistée pourrait rendre des services inestimables dans un laps de temps réduit et un coût modeste pour aider les différents protagonistes aux intérêts divergents à trouver une solution équilibrée tenant compte des capacités de remboursement forcément revues à la baisse de l’entreprise ayant fait l’objet d’un LBO avant la crise. C’est bien de négociation assistée dont on a besoin dans le processus de « fair burding-sharing » et qui mieux qu’un médiateur est à même d’animer ce type de négociation collective avec succès ?

Nous constatons aussi que cette déroute du LBO remet à la mode les garanties d’actif et de passif. Pendant les vingt glorieuses du capital investissement, dont les dix années de LBO à tout craint, certains avaient déjà sonné le glas des conventions de garantie. Il en était ainsi dans le marché des LBO secondaires où les fonds d’investissements spécialisés dans le « leverage by out » se repassaient leurs participations pour opérer plus vite des plus-values de cession et permettre aux confrères de faire de même dans un laps de temps relativement faible, sorte de tournante où chacun tablait sur une plus-value et un TRI honorable de l’ordre de 25% par an et ceci dans un mouvement brownien durable. Comme la confiance régnait malgré la bulle, le fonds, repreneur d’une entreprise qui en était à son deuxième ou troisième LBO, renonçait à toute garantie et se contentait de quelques déclarations sur la gestion de l’entreprise et ses comptes. La crise a démontré que ce dédain pour les garanties de passif et d’actif n’était pas justifié et tout naturellement, elles reviennent à la mode et, de surcroît lorsqu’elles existent, elles sont mises en œuvre. Mais qui va payer ? Les fonds anglo-saxons, organisés en limited partnership, n’ont pour seul actif que la participation dans la holding de reprise. La responsabilité des limited partners étant plafonnée à leur apport initial.

Faut-il vous révéler que le 1er salon du divorce s’est tenu au début du mois de novembre, Porte de Champerret. N’étant pas concerné, je n’ai pas visité ce salon, mais j’invite ceux de nos lecteurs qui s’y sont rendus à nous adresser un compte-rendu détaillé de leur visite.

Pour finir sur une note optimiste, signalons que plus de 65% des avocats de la promotion 2009 sont des femmes parmi lesquelles Franziska Kruegel, qui a rejoint notre département Corporate Finance et intervient notamment dans le secteur franco-allemand.

Il nous reste à vous souhaiter de joyeuses fêtes intergénérationnelles en vous donnant rendez-vous en janvier.





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