La Revue Squire

Ce que l’on retiendra de l’actualité


Rédigé par Christian Hausmann le 12 Mars 2009


Les anniversaires

En cette année 2009, nous fêtons le cinquantenaire de la naissance de la Chambre de commerce internationale, de la poupée Barbie, du Petit Nicolas de Sempé et Goscinni et simultanément le 200ème anniversaire de la naissance de Darwin, d’Abraham Lincoln et du baron Georges-Eugène Haussmann, tous les trois nés en 1809.

Cela nous donne l’occasion de préciser que le baron Haussmann, qui aurait pu être mon ancêtre, n’a été ni urbaniste, ni architecte (rien à voir avec Le Corbusier) bien qu’on lui prête souvent ces qualités. Il a été un super flic. Ses ancêtres sont originaires de Thuringe et se sont installés en Alsace, à Colmar. Ils fondèrent plus tard la Maison Haussmann frères, fabricant de toiles peintes dont les usines étaient à Wintzenheim. C’était une famille de protestants.

Né à une encablure de l’avenue Vélasquez, sur la placette où finit le boulevard éponyme et l’avenue Friedland (ce qui n’a pas empêché la marie de Paris d’ancrer sa statue à l’angle de l’avenue Messine et du boulevard baptisé d’après le grand homme. Ignorance ou ?), le baron Haussmann a été étudiant en la faculté de droit de Paris où il obtient une licence en 1829. Il passe son doctorat en 1831 et s’engage dans la préfectorale, l’ENA n’avait pas encore été créée par Michel Debré. Son premier poste est le secrétariat général de la préfecture de la Vienne. Il occupe successivement différents postes de sous-préfet à Saint-Girons, puis à Blaye, pour être enfin nommé préfet du Var en 1849 et préfet de l’Yonne l’année suivante. Il lui faudra patienter une seule année pour devenir préfet de Gironde en la ville de Juppé. Après le coup d’état du 2 décembre, il se range parmi les inconditionnels du prince Président, ce qui lui vaut d’être renvoyé en Gironde comme commissaire extraordinaire du gouvernement chargé de mater les orléanistes. Il soutient le prince-président lors du référendum, son département ayant voté massivement pour l’empire. Cela lui vaut d’être nommé en 1853 préfet de la Seine, de collaborer avec le régime et de propager la vision de Napoléon III quant à l’embellissement de Paris. Son action sera celle d’un facilitateur. Le style haussmanien doit plus à l’époque qu’à l’homme. Contrairement à son contemporain Abraham Lincoln, il mourra dans son lit en 1891 dans le 8ème arrondissement où il est né et sera inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Il existe une abondante littérature sur le baron bâtisseur (un « Haussmann le Grand » de Georges Valence chez Flammarion, un « Haussmann » de Jean des Cars chez Perrin, mais aussi ses mémoires, une somme de plus de 1000 pages au Seuil). Gageons que cette année sera prolixe en nouveaux ouvrages sur le baron. Pour fêter ce double centenaire, remontez la rue Lafayette vers la Gare de l’Est, trouée rectiligne de prés de cinq kilomètres, dont le baron était fier après avoir tout fait raser.


Les procès

Le mois de février a été particulièrement riche en procès, citons dans le désordre Colona, les époux Tiberi et AZF, dont il a été beaucoup question dans la presse. Il est plus remarquable de mentionner le mandat d’arrêt international lancé contre le Soudanais Omar Al-Bachir par le TPI. C’est une première, jamais auparavant un président en exercice n’avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Omar Bachir est aujourd’hui prisonnier dans son pays. S’agit-il de la genèse d’un droit pénal international ? Une nouvelle n’arrivant jamais seule, c’est en même temps qu’on apprend que les comptes en banque d’Omar Bongo ont été saisis en France. Elle est loin la France-Afrique de Jacques Foccart.

Il est parfois difficile de hiérarchiser les nouvelles, mais incontestablement, ce qui arrive au président Bachir est plus significatif que la vente des lunettes de Gandhi qui ont rapporté aux enchères €1 400 000, que la Reine d’Angleterre ait relooké le site internet de Buckingham (the Queen of England decided that her website needed a little juice-up) ou encore que le Journal du Dimanche paraisse désormais le samedi.

Pour ceux qui n’auraient pas été attentifs, sachez que le Tribunal correctionnel de Lyon a relaxé le dessinateur Siné dont je vous parlais le mois dernier. Le jugement rendu le 24 février relaxant Maurice Sinet, dit Siné âgé de 80 ans, poursuivi par la Licra pour incitation à la haine raciale (il avait laissé entendre que Jean Sarkozy pourrait se convertir au judaïsme après son mariage) pour deux chroniques parues dans Charly Hebdo l’été dernier, s’exprime comme suit : « De même qu’une société démocratique implique que les athées, voire les antireligieux, tolèrent que les croyants manifestent paisiblement leur religion, ces derniers doivent également tolérer la critique exprimée librement par les athées, car les systèmes religieux ne forment pas des ensembles intouchables ou tabous. »

Les livres

Après le brûlot sur Kouchner, que je me suis interdit de lire, Ingrid Betancourt, la madone des FARC, est malmenée dans un livre écrit par ses anciens co-détenus américains. Nous ne connaîtrons probablement jamais la vérité sur cet odyssée et comme il est difficile de prendre parti, nous nous abstenons.

Comme le mois dernier, je vous conseille la lecture d’un livre de Martin Suter titré « La face cachée de la Lune » C’est la Firm de John Grisham en beaucoup mieux. Le héros est un avocat d’affaires suisse, orfèvre des fusions transnationales, qui craque après avoir ingurgité des champignons hallucinogènes et se retire dans les bois. On découvre sur la fin que Suter a écrit un polar.

ll serait fastidieux d’énumérer tous les livres, précis, manuels et monographies qui paraissent dans le monde sur l’arbitrage international au rythme moyen d’un par jour. Nous avons d’abord envisagé de construire une aile spéciale pour contenir tous ces ouvrages, pour finalement, la récession oblige, renoncer à tous les acquérir. La caractéristique commune de ces ouvrages est leur coût certain, plusieurs centaines de dollars ou d’euros. Pour ne pas être en reste, plusieurs d’entre-nous ont décidé d’apporter leur contribution à cette masse doctrinale, mais en privilégiant l’originalité. Ainsi notre associé Benoît Le Bars nous annonce la parution prochaine d’un ouvrage sur le droit de l’Ohada, où il sera question d’arbitrage et un autre pour la rentrée où il sera également abondamment question d’arbitrage.

Discrimination

Dans ces colonnes, nous parlons épisodiquement de la Halde et du droit de la discrimination en devenir. Pouvons-nous pour autant rester insensibles au sort des rares dialectes vivants de notre pays ? Originaire des marches de l’Est, je suis, vous vous en doutez, sensible aux dialectes et aux nombreux parlers alsaciens, qu’ils soient alémanique ou franque Savez-vous que constitue une discrimination à l’embauche au sens de la loi du 27 mai 2008 le fait de demander que les candidats à un poste parlent l’alsacien ? Imaginez le cas d’un commerce de proximité dans un village ou une petite ville d’un des trois départements alsaciens mosellan qui cherche à recruter un vendeur ou une vendeuse, par exemple pour une boulangerie ou une prospère charcuterie alsacienne. Ceux qui ont voyagé en Alsace depuis l’ouverture de la ligne à grande vitesse Paris-Strasbourg auront observé que dans nombre de commerces, l’alsacien est la langue d’usage ou vernaculaire, que les usagers de ces échoppes de proximité pratiquent encore. Est-il concevable que le vendeur ou la vendeuse ne comprenne pas quand la cliente, une personne d’un certain âge par exemple, demande a trinchele schinke, a wirstel ou une dampfnudel et que la personne derrière le comptoir demande que la commande soit répétée en français de l’intérieur ?

N’y a-t-il pas, en privant une population de sa langue maternelle, de sa culture et de son histoire, une discrimination ? D’autant plus que depuis le 21 juillet 2008, le Congrès a fait entrer dans la Constitution française l’appartenance des langues régionales au patrimoine français. Et pourtant constitue une discrimination indirecte au sens de la loi du 27 mai 2008 de demander l’usage d’une langue régionale dans une offre d’emploi. Dans la hiérarchie des normes, la constitution prime-t-elle sur la loi de juillet 2008 sur la discrimination ? Je vous laisse trancher.

Que restera-t-il des langues régionales après le nouveau découpage des départements et régions que nous concocte le sieur Balladur ?

Gastronomie

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de ma dernière expérience gastronomique à bord de l’Eurostar Londres-Paris. Il vous est distribué un menu qui vous fait saliver après un séjour prolongé en Angleterre. On vous propose successivement une salade bio avec roquette, carottes, fenouil, radis, graines de potiron et huile d’olive (traduisez en anglais, organic, carrot, fenel, with olive oil dressing). Aucun des ingrédients annoncés, pas même l’huile d’olive, ne se trouvait dans la barquette glacée recouverte d’un fin film en plastique dont les ingrédients étaient non-identifiables, sauf à en croire la mention « produit de France ». Vous avez ensuite le choix entre une tourte bio ou une cuisse de poulet farcie à la mousse de poulet fumé, servie avec un beurre manié aux herbes, haricots verts et légumes d’hiver rôtis (comprenez un poulet reconstitué avec des légumes recyclés), ce qui se dit en néerlandais « Kippenbil gevuld met gerookte kippenmousse, met kruidenboter, groene boontjes en geroosterde wintergroenten ». Le vin en emballage plastique a été embouteillé par Paul Sapin sans que l’origine géographique ou l’appellation d’origine ait été définie, bien que le menu annonçât un bordeaux 2007 AOC de Jacques Dubaron et, au choix, un chardonnay Labeaume 2007-chardonnay 100 %. Je n’ai pas goûté au vin blanc, le rouge suffisait à ma peine. L’eau était de chez Vittel (rien à voir avec la source Vitel au Maroc, dont je vous parlais le mois dernier), le beurre AOC de Château de Clay sur Gère à consommer avant le 15 mars 2009. J’ai réussi à identifier sur mon plateau un petit pain qui avait été boulangé plusieurs semaines auparavant, une vinaigrette balsamique (en lieu et place de l’huile d’olive) d’origine indéterminée qui a éclaboussé ma cravate quand j’ai tenté de la décapsuler, du poivre et du sel dont l’origine n’était pas précisée.

Je peux témoigner que la qualité des mets qu’on vous sert sur Eurostar au fil des années s’est passablement dégradée et qu’il vaut mieux vous abstenir de consommer ou voyager en seconde. Il est vrai que les actionnaires d’Eurotunnel vont percevoir leur premier dividende cette année, il faut bien que quelqu’un paye. Savourez la publicité d’Eurostar associé à Railteam : « voyagez vert, mangez bio et notre programme destiné à faire d’Eurostar une entreprise plus verte. Nous souhaitons que nos repas aussi respectent la planète. Ainsi nous sélectionnons uniquement les meilleurs produits de saison provenant du pays de votre départ (en l’espèce l’Angleterre) et autant que possible issus du commerce équitable. Tous les voyages en Eurostar sont désormais neutres en carbone. » Vous l’aurez compris, ce repas était absolument infâme malgré son appellation organic.

Je vous souhaite un excellent mois de mars et si vous le voulez bien nous nous retrouverons le mois prochain pour de nouvelles aventures. J’envisage de vous parler du rapport Darrois que nous juristes attendons de pied ferme. Vous aurez noté que je n’ai parlé ni de la Guadeloupe et de nos autres territoires d’Outre-Mer, mais je n’en pense pas moins, ni de la fin des open bar, du roquefort que Obama continue à persécuter comme son prédécesseur, ni enfin du come-back annoncé de Mickael Jackson.





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