La Revue Squire

Bientôt avocats


Rédigé par Nadia Sandjak & Alhousmi Diallo le 10 Décembre 2007

Libres propos de deux de nos stagiaires




Après un long périple qui n’a rien à envier à celui de Homère : 4 années de droit, 2 années dans une école de commerce, quasiment 3 années au service de copropriétaires capables de se transformer en rapaces voraces pour quelques millièmes grappillés par le voisin et 1 année d’intense préparation à l’IEJ à scruter tous les jours les périodiques juridiques à la recherche de l’Arrêt salvateur qui allait m’aider à franchir la ligne verte… me voilà, enfin, assise au milieu d’un millier d’autres âmes fières, excitées et surtout soulagées (oui, soulagées de ne pas avoir vendu leur âme au diable…) !

Me voilà donc assise, au premier rang (pour ne rien rater …) de cet immense et prestigieux Palais des Congrès. Ce jour-là, mercredi 3 janvier 2007, des jeux de lumières dignes d’un concert de Jean-Michel Jarre, une musique tonitruante laissant présager l’arrivée fracassante de notre Johnny national et surtout un slogan : « Pour qu’un avocat soit fier de sa profession, il doit d’abord être fier de sa formation » .

Un slogan percutant, dynamisant qui, je l’avoue aujourd’hui, n’a suscité à l’époque, aucun froncement de sourcil de ma part… d’ailleurs pourquoi aurait-il dû en susciter ? Cela ne faisait aucun doute et c’était l’évidence même : nous allions recevoir une formation brillante qui ferait de nous des avocats brillants…

Mais lorsque j’ai commencé à coucher sur papier les premiers mots de ce billet… ce slogan m’a frappée de plein fouet (Et ne vous en faites pas, je n’y ai pris aucun plaisir… Promotion Mazeaud, mais pas Maso !) et presque un an plus tard, je reste sur ma faim…

11 semaines de cours théoriques sur les fondamentaux ! Il fallait y penser quand même… après 52 semaines à approfondir les fondamentaux du droit jusqu’à leurs abîmes et jusqu’à me prendre moi-même pour la sœur jumelle de la liberté, il fallait que j’écoute de brillants avocats me faire une brillante lecture de notre brillant Nouveau Code de Procédure Civile… Oui, là je jetais un regard désespéré sur mes futurs confrères qui pour la plupart avaient trouvé un fidèle compagnon en Monsieur Sudoku et nous étions tous d’accord pour dire que nous étions masos !

A vous dire la vérité (pléonasme : nous savons tous qu’un avocat ne ment jamais…) : vous, praticiens, Maîtres et Maîtresses, êtes notre meilleure formation et nous attendons beaucoup de nos stages et de notre prochaine collaboration.

Alors avis aux mentors, gourous, guides, sages, marabouts, mages, savants… nos âmes dignes, conscientes, indépendantes, probes et encore humaines s’offrent à vous ! A bon entendeur !

Nadia SANDJAK

Samedi 6 octobre 2007, Millenium Stadium de Cardiff, France-Nouvelle Zélande. 20h54. Tour à tour, les hymnes nationaux sont entonnés. S’en suit une scène toute incompréhensible, irréaliste.

D’un coté les All Blacks, formant deux ou trois lignes, bien resserrés, exécutent leur rituelle danse du haka. Les gestes pleins de vivacité, de fureur et de passion, le visage injecté de sang, et ces paroles guerrières millénaires, dominent le brouhaha tel le tonnerre:

Ka mate Ka mate !

Et la danse se termine par un cri qui aurait fait frémir l’armée de l’empereur Qin !

En face, la basse-cour ! Ou plutôt la ferme ! Veaux, vaches, chèvres, moutons et autres ovidés ! Se tenant par les épaules, les joueurs du XV de France, prétendant intimider leurs adversaires par leur regard féroce, même le poil dur de l’Ogre Chabal et la charpente trapue d’un Ibanez n’y font rien ! Les supporters arborant les couleurs tricolores plein le visage, avec le coq en laisse, béret et gitane blonde dans le bec font office de mémés du XVIème promenant leurs caniches ! Quelque chose me dérange, m’échappe, incompréhensible.

Plus sérieusement, cet événement met en relief un fait qui a mes yeux est inquiétant. La France serait dépourvue de danse. Est-ce vrai ? La France ne danse-t-elle plus ? Adieu donc french can-can, java et mistinguettes ? Le haka est identifié à la culture maori, à la Nouvelle Zélande. Qu’en est-il de la France ? Les danses bretonnes ? La danse des canards ? La techtonic ?…

Il est frappant de voir comment les chefs d’Etat européens, lors de visites officielles en Afrique, en Asie, en Amérique latine ou dans le Pacifique sont accueillis, à coups de danse de bienvenue et de respect, de musiques, de tambours, de chorégraphies colorées et odorantes. Comment la République honore t-elle ces chefs d’Etats en visite dans notre beau pays ? La Garde Républicaine présente les armes. Un peu triste, non ?

La France c’est le Louvre, c’est Versailles et Chambord ! (J’oubliais le TGV et le Ve’lib !) – Un musée, donc ? Ces édifices résisteront-ils aux siècles de la consommation ? Pas si sûr, aussi sûr que nous allons tous rôtir si un Grenelle au niveau mondial n’a pas lieu.

N’y a t-il pas, diable, dans la Marseillaise, assez de sillons abreuvés par le sang impur, de féroces soldats et d’étendards sanglants, pour la sublimer en une danse? Maurice Béjart (qu’il repose en paix) en aurait fait son affaire ! N’y a t-il pas une danse du Coq, une danse « Du pain-du-vin-du-Boursain » que les Bleus pourraient exécuter pour répondre au véhément haka ? Monsieur Laporte, vous devez absolument trouver une solution ! Monsieur Laporte dites vous ? - Diable non !, - Mais diable qui donc alors ? – Monsieur Hortefeux bien sûr ! Ministre de l’Immigration, de la Coopération et de l’Identité Nationale ! – Voilà un chantier supplémentaire pour lui. Et que cette danse soit aussi expressive que le haka !

Alors que l’échéance du serment approche à grands pas, je me pose la question de la carrière d’avocat dans un Pays-Musée comme le nôtre ! - Pays-Musée dites-vous ? Pays d’Ancien régime, oui !... De grâce M.Le législateur, épargnez-nous le port de cette robe, c’est bien assez qu’on nous oblige à porter une robe ! A tout le moins qu’il nous soit loisible d’en choisir la couleur et la matière ! – Grand Dieu non ! C’est par souci d’égalité Monsieur !

Ah l’égalité !... La France n’a peut être pas de danse du Coq, mais elle a de grands principes. A trois, tous ensemble ! : liberté ! égalité ! fraternité ! solidarité ! indivisibilité ! syndiqué !... trêve de plaisanterie.

- Bon très bien, j’accepte de porter la robe si je peux pleinement exercer mon métier.

- Qu’il en soit ainsi !

En aparté : Que la loi nous vienne an aide, et nous soulage un peu du poids de cette déontologie plus vieille encore que la Bible de Gutenberg.

Je m’en remettrai.- Mais pourquoi donc choisir l’avocature ? –Avocat c’est la classe ! – La classe dites-vous ? Un bien petit mot pour un chicanier procédurier – Epargnez-moi vos sarcasmes, oui la classe ! Et a double titre, d’une part avocat ça sonne et bien, et de deux, dans une société démocratique et libérale, à l’heure où l’Etat est de retour, l’avocat est le mieux placé pour lui dire sa vérité.

Alhousmi DIALLO





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