La Revue Squire

AFRIQUE : Démocratie en Afrique sub-saharienne


Rédigé par Mohamed Babacar le 18 Juin 2008

Depuis le discours de La Baule en 1990, un grand vent de démocratisation a soufflé sur l’Afrique, faisant tomber maintes feuilles fanées, et branches usées.



Dans ce discours, prononcé à l’occasion du 20ème sommet France–Afrique, François Mitterrand, a parlé pour la première fois, de conditionnalité à l’aide de la France aux pays africains « La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté... » ouvrant ainsi une brèche dans la politique africaine, caractérisée depuis le général de Gaule, par un soutien dispendieux « à un développement sans démocratie » garantissant une présence permanente de la France dans ses anciennes colonies.

Presque deux décennies après ce discours, considéré par certains comme fondateur de la démocratie en Afrique, quel bilan peut-on dresser en 2008 de la démocratie, et de l’état de droit dans les pays de l’Afrique sub-saharienne ?

Si l’on en juge par les apparences, on peut dire que la démocratie est désormais bien instaurée dans cette zone de l’Afrique, car il ne se passe pas quelques mois, sans que les médias nous rapportent, des informations concernant des élections dans un pays ou un autre , mais en pratique, le citoyen africain lambda, ne voit, pas grand changement : toujours les même têtes à la télé, à ceci près que les militaires ont troqué leur treillis contre des costumes (souvent de grands couturiers).

Il est vrai aussi qu’à la place du parti unique, hérité de l’époque communiste, le continent a connu une explosion de « partis politiques » (en Mauritanie, pays peuplé d’à peine trois millions d’habitants, le paysage politique, compte plus de cinquante formations), de pseudo partis, fondés dans leur grande majorité sur le tribalisme et l’appartenance ethnique, plus que sur une conviction politique, ce qui explique, sans doute, qu’à chaque fois, qu’un dirigeant africain est battu aux élections, sa tribu ou son ethnie saisisse les armes pour défendre l’intérêt suprême de la communauté, bafoué par l’ethnie de l’adversaire. Les récents événements au Kenya (des milliers de morts en trois semaines après la proclamation des résultats des élections présidentielles), ne sont que l’exemple le plus récent.

L’absence d’institutions étatiques solides et impartiales a conduit dans la plupart des cas à l’échec de l’alternance. Les dirigeants africains s’arrangent souvent avec leurs chambres d’enregistrement, pour obtenir la révision des constitutions, en vue de briguer de nouveaux mandats, et autant de fois qu’ils le souhaitaient. Le dernier à recourir à cette méthode pas très amène, est le président camerounais Paul Biya. Au pouvoir depuis 1982, il pourra briguer un nouveau mandat en 2011, grâce à la révision adoptée par l’assemblée nationale camerounaise, en ce début de printemps.

Aujourd’hui, en Afrique francophone, à quelques exceptions près, les élections « libres » n’ont pas permis d’instaurer une réelle alternance. Tous les pouvoirs restent concentrés entre les mains d’une poignée de dirigeants. Même au Sénégal considéré longtemps, comme un modèle en Afrique, seul pays ou il n’y a jamais eu de coup d’état militaire, un pays dont le président, Abdou Diouf, au pouvoir depuis 19 ans, battu aux élections, accepte de quitter le pouvoir en douceur (il est actuellement secrétaire général de la Francophonie). Dans ce pays « pilote », l’exercice du pouvoir serait selon ses détracteurs en train de prendre une dérive digne des régimes autoritaires de l’avant ère démocratique.

L’opposition malmenée, poussée à boycotter les législatives, laisse donc libre champ au président Wade et son clan. Journalistes emprisonnés, un ex Premier ministre du camp présidentiel, jugé trop ambitieux, a croupi dans les geôles pendant quelques mois, avant que la générosité du chef suprême ne mette fin à son calvaire. Sans parler bien sûr, des affaires florissantes du fils du président Wade, que certains commencent à aduler, voyant en lui, le successeur naturel, de son père, à la manière syrienne ou plutôt égyptienne. Ou encore l’activité et la place grandissante de Gamal Moubarak (fils du Raïs Moubarak), dont plus personne ne doute qu’il sera le successeur de son père, au grand dam, du fellah en colère devant la flambée des prix des produits alimentaires de base.

Le directeur général de la FAO vient de lancer un cri d’alarme, l’Afrique serait menacée d’une grande famine. La conjoncture économique, la hausse des prix des produits de première nécessité en sont la cause, mais ce qui est nouveau dans le discours du directeur de la FAO, c’est le ton menaçant qui prédit plus de guerres et de manifestations si cette crise ne trouve pas une solution rapide, et il est vrai que depuis presque un mois les manifestations contre la cherté de la vie embrase le continent ; dernier pays touché : l’Egypte.

La menace islamiste, conduit les Européens, à maintenir en place des dictateurs, pour éviter de voir des régimes obscurantistes frapper aux portes de l’Europe.

La démocratie est avant tout un état d’esprit, c’est le fruit d’un long apprentissage.

François Mitterrand, en 1991 au sommet de Chaillot, s’en remet déjà à ses pairs africains pour « fixer en toute indépendance les modalités et les rythmes… »

La démocratie « à l’Européenne » ne pourrait être raisonnablement envisagée que bien après la généralisation de l’instruction élémentaire, une fois déjà réalisé un minimum de développement économique, concluait en 1962 René Dumont dans son livre « L’Afrique noire est mal partie », conclusion toujours d’actualité, malheureusement.





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