La Revue Squire

A qui la faute ?


Rédigé par Christian Hausmann le 13 Décembre 2008


La récession est bien là et elle est mondiale. Plus personne n’en doute, mais chacun cherche le bouc émissaire.

Pour certains, nombreux, c’est la faute des gouvernants, pour d’autres, celle des financiers, d'aucuns celle des patrons de grandes entreprises, des économistes et prévisionnistes qui n’ont rien prévu, philosophes en panne d'idées, du Père Noël qui ne parvient pas à motiver ses ouailles en période festive, du Manneken Pis (cherchez l'erreur), du plumber polonais, et surtout des spéculateurs. Tous sont d’accord pour montrer du doigt les spéculateurs sans trop savoir qui ils sont (banquiers d’affaires, Jérôme Kerviel et autres traders en produits dérivés, étrangers, les autres quoi). Ah, j’oubliais les terroristes de tout poil et de toute obédience, talibans adeptes d'Al Qaïda (comment se shooter au vinaigre balsamique ?) et pirates du Golfe d'Aden.

Non c’est la faute du système, l'échec de Bretton Woods, pêle-mêle la mondialisation, le commerce équitable, le hard discount, l’ultragauche, les délocalisations, la canicule de 2005, le pétrole et le bioéthanol, les fonds souverains, W. Bush, les éoliennes trop bruyantes, l’euro, les golden parachutes et autres poignées de main dorées, les stock options, les bonus mirobolants des pédégés, Bruxelles et ses technocrates, les dépenses publiques, le réchauffement ou changement climatique (il neige sur le Massif Central), le travail dissimulé (on ne dit plus au noir depuis le 4 novembre), l’ouverture et la fermeture du dimanche, selon qu’on se place du côté droit ou gauche de l’Avenue de Champs Elysées en remontant de la Concorde à l’Etoile , la fuite des cerveaux, le communautarisme, la discrimination positive, la parité (cherchez la faute au PS qui a mis fin aux combats de coqs), REACH, les prothèses dentaires fabriquées en Asie, le gigantisme, la fuite en avant et la faillite de l’enseignement.

Il y a les seniors qui veulent travailler plus longtemps, ces insatiables qui prennent le boulot des jeunes pour les pousser à l'ANPE en grève.

A force de blâmer les autres, le temps manquera pour réformer en profondeur et après une période de marasme, la reprise se dessinera sans aucun acquis pour l’avenir. Les mêmes causes produiront les mêmes méfaits et la frénésie remplacera le broyage bruni et une nouvelle crise poindra du nez du fait des excès renouvelés de la mondialisation et de la spéculation, dont elle est l’associée.

Au contraire, un sursaut salvateur est nécessaire avec son lot de prévention, d’anticipation (Kerviel ?) et de modération, avec un retour à la proximité. On ne peut pas mettre les salariés au chômage et leur reprocher de consommer moins ! Comment réduire les déficits publics en période de récession alors qu’on n’a rien fait pendant les périodes de bonne conjoncture ? Pourquoi augmenter la durée du travail hebdomadaire et reporter l’âge de la retraite en période de récession ? Il fallait intervenir plus tôt.

Heureusement que La Martine, chantre de la réduction du temps de travail et des RTT, s'installe rue de Solférino, le hollandais et sa reine ayant déguerpi.

Loin de nous l’idée de prétendre posséder le remède miracle, la potion magique ou les antibiotiques efficaces.

Une bonne dose d’optimisme est salutaire. Pour remonter le moral, allez un samedi après-midi de décembre rue du Faubourg Saint-Honoré chez Hermès et vous ne serez pas déçu, après avoir fait la queue aux caisses pour qu’on consente de débiter votre carte gold sans filet, vous finirez boulevard Haussmann admirer la féerie de Noël et des jouets.

Pourtant, les bonnes nouvelles ne manquent pas. La piscine Molitor (ce joyau art-déco) va être rénovée et sera remise en eau en 2011, dotée d’un spa, de plusieurs restaurants et d’une hôtellerie Accor, le retour du Hula Hup et de Lance Armstrong, la visite présidentielle à notre ethnologue structuraliste centenaire, le rattachement de la Corse à la France célébré dignement l’autre jour (30 novembre …1789), la baisse du prix de l'essence à la pompe en Guyane, l'ISF en perte de vitesse (TEPA oblige), les élections prud’homales, la rénovation de la Samaritaine, le Vélib', l’Elysée et le Medef du même avis pour condamner les parachutes dorés, le retour de Bernard Tapie aux affaires, le droit de nos bambins d'aller en prison dès l'âge de douze ans, la richesse des expositions dans les musées et galeries parisiennes, la prochaine tournée de Johnny, l’illumination des Champs Elysées et la tenue de son premier Christkindlesmarkt, nouveau haut lieu de la consommation qui manquait à notre capitale, Alain Souchon et les coupés grand tourisme en délire alors que la couche d’ozone est trouée. L’ouverture du salon nautique Porte de Versailles, en plein Vendée Globe.

Les avocats ont eux aussi succombé à la mondialisation. Il ne se passe pas un mois sans qu’un nouveau cabinet américain s’installe à Paris. Pour quoi faire ? La génération spontanée ayant été abolie par Pasteur, ces cabinets yankees procèdent par le débauchage d’équipes entières d'avocats. Les cabinets français ayant été décimés après avoir été retournés profondément pendant une bonne décennie par des chasseurs de têtes éthiques, le détournement des nouvelles équipes se fait de plus en plus au détriment de cabinets américains existants. L’augmentation des rétrocessions et la modélisation de collaborateurs en associés font partie de la panoplie pour réussir une implantation sur un marché déjà saturé. Où est la création de richesse ? La montée de la compétence des avocats relookés n’est pas en corrélation avec l’augmentation des taux horaires. Parions que les consommateurs du droit des affaires, les entreprises, sauront faire la part des choses. Il faudra que nous causions prochainement de la rénovation de cette vénérable profession en marge du rapport Magendie et des travaux de la commission Darrois.

LA FAUTE DE FRAPPE, LE VILAIN CANARD ET LA POUPEE VAUDOISE

Un jour, un homme d’Etat interrogeait le conservateur en chef du Louvre sur la valeur approximative de certains tableaux bien accrochés. Cette question en pleine déroute des marchés financiers n’était pas innocente. « On devrait en obtenir quelques centaines de millions, voire plus » répondit le premier conservateur. « Cela vaut tant que cela ! » s’exclama le grand homme. « Ce pourrait donc être une réserve en cas de gros besoin, d’autant plus que le bas de laine des caisses d’épargne est trouée. » A quand la grande braderie ? Il y a tellement de musées en France et les réserves sont pleines de vieilleries oubliées, qu’il suffirait de les dépoussiérer et de les confier à des commissaires priseurs bien de chez nous pour vendre ces vieilleries aux plus offrants issus des pays du Golfe et se donner les moyens de renflouer nos banques, de baisser le taux de la TVA et de pousser la vente des voitures neuves, ces dévastatrices de notre planète et poumon de la croissance. Mais notre grand homme du moment de passage à Douai le 4 décembre, a eu une panne seiche et a oublié d’en parler, pourtant il avait l’air convaincu l’autre jour. Il m’a dit « Quelle excellente idée baron, du bon cru digne d’Alain Minc ».

Porsche, le symbole du luxe chez nos voisins rhénans croque, la voiture populo, la Volkswagen et sa coccinelle. Saviez-vous que James Bond en est à sa 22 (rien à voir avec Asnières) ème version. Nous avons aussi noté pour vous, le retrait des boutons radioactifs du fabricant d’ascenseurs Otis, alors que le Parlement a imposé les indemnités réparant le préjudice moral d'un certain Nanard déjà nominé.

Sur le plan judiciaire, l’activité bat son plein. Pas de chômage chez les juges. Le palais justice est occupé par les procès Kerviel, Clearstream, Falcon, l'arrêt de la Cour d'Appel de Douai sur la virginité active, la triste affaire de la tour de l'Haÿ-les-Roses à Nanterre. On ne peut s’empêcher d’être partagé devant les ravages du lien de causalité s’agissant de 3 mineures qui ont gratté une allumette pour illuminer la boîte aux lettres d'une copine.

Le sketch du président : « comme vous le savez de mon bureau je vois les Champs Elysées, et comme je travaille souvent le dimanche, j’observe que la chaussée droite en montant vers l’Arc de Triomphe les magasins sont ouverts, car il s’agit d’une zone touristique, alors que les magasins de la voie de gauche sont fermés. Qu’on m’explique ! J’en parlerais au Préfet prochainement ». (Inspiré de La Cloche de Ferragus, janvier 1869).

Milan Kudéra et la rumeur, le rapport Magendie, la rétrospective Dufy. René Ricol, encore un médiateur, parlez-en à Rachida ou à Ingrid de passage à Bogota où elle se déplace en voiture blindée, Vuitton (Groupe LVMH) se délocalise à Saint Pourcin dans l'Allier et annonce la création de 220 emplois.

Joyeux Noël






1.Posté par Véronique Brosseau le 19/12/2008 12:23
Mes chers Maîtres,

Le ton et le style de votre courriel m’inspirent un « droit de réponse ».

Je suis collaboratrice dans une étude d’Avoués à Versailles et passe l’essentiel de mon temps à rédiger des écritures devant la Cour…. Je fais ainsi mentir tous ces rapports ATTALI, DARROIS et cie….

Grâce à mes rapports quasi quotidiens avec les magistrats de la Cour, je fais bénéficier les plaideurs et nos correspondants avocats de la connaissance que j'ai de la Jurisprudence des chambres dont j’ai la charge.

J’ai pu ainsi notamment adresser à nos Députés la dernière Jurisprudence de notre Cour sur le dimanche travaillé…(du 3 décembre 2008). J’ai aussi sous la main un des premiers arrêts, du 3 décembre 2008 également, sur l’application de la Loi LME du 4 août 2008 en matière d’obligation de communication des conditions générales de vente.

Vous comprenez donc ainsi qu’en cette fin d’année judiciaire 2008, je ne peux vous rejoindre lorsque vous constatez avec regret que les cabinets d'avocats américains envahissent le terrain juridique français alors qu'au même moment, une profession du droit, celle des avoués, certes petite en nombre, spécialiste du procès d'appel et de la procédure civile, est en train d'être supprimée dans la plus grande indifférence des cabinets d'avocats voire le plus grand mépris.

N’en déplaise à certains, un savoir-faire disparaîtra avec cette profession.... au profit de qui ? de quoi ? Pas des justiciables me semble-t-il et ni des juristes nationaux.

Joyeux Noël… quand même à toute votre équipe,

Véronique BROSSEAU

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