La Revue Squire

« 1984 » [1] et la soue à cochon


Rédigé par Christian Hausmann le 24 Octobre 2012


[1] George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, a été plongeur à Paris au début des années 30, peut-être aussi mendiant à la sauvette.

Après avoir lézardé et chanté tout l’été, les cigales ont laissé la place aux fourmis et les choses sérieuses ont repris leur cours. Nous gardons les yeux rivés sur l’Elysée et Matignon, dont les locataires sont en déplacement.

Les pigeons ayant obtenu gain de cause, c’est-à-dire le droit de nicher encore. N’étant pas une espèce migratoire, ils restent mobilisés aux aguets, les yeux rivés sur la ligne bleue de leurs plus-value potentielles.

Ayrault commence le tournage d’un « remake » (bis) des « Noces de Cana ».


« 1984 » [1]  et la soue à cochon
Vendeurs à la sauvette sur la butte Montmartre : Les touristes, toujours nombreux sur les marches, sont les spectateurs éberlués du ballet incessant que la police inflige aux vendeurs de tours Eiffel. Une paire de policiers descend ou remonte les marches et les vendeurs refont leur baluchon pour s’éparpiller dans les contre-allées, cinq minutes après, ils étalent à nouveau leur bazar. Dix minutes se passent et les deux policiers, selon le cas, remontent ou redescendent et le ballet continue ainsi pendant les 7 heures de service de la gent policière. Très peu d’arrestations. Parfois, la marchandise est confisquée, mais les vendeurs laissés en liberté. Quel sens faut-il donner à cette mascarade dans laquelle les masques sont tombés, et qu’en pensent les touristes toujours nombreux en ce début d’automne ? Des cousins de ces africains sont concentrés aux alentours de la Tour de Pise et s’adonnent aussi à la vente organisée de bimbeloteries pieuses, tours penchées au lieu de tours Eiffel sans être obligés de danser un ballet absurde. Nous comprenons que le maire de Paris et le ministre de l’Intérieur souhaitent libérer Paris des vendeurs à la sauvette dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 2 euros par jour et qui, selon les commerçants de la Butte, leur feraient une concurrence déloyale, car ils n’ont ni frais, ni loyer, ni patente à verser. Ces hommes, venus d’Afrique par un long et souvent hasardeux périple, ont accosté à Paris, sont hébergés par un frère, un cousin ou un membre éloigné de la famille. Leur seule motivation est de trouver du travail. En attendant, le statut de vendeur à la sauvette leur donne l’illusion d’un travail, peu ou pas lucratif, les oblige à courir à droite et à gauche selon le mouvement de la police, un exercice physique agréable. Si vous les interrogez, tous vous disent que ne rien faire est insupportable et les empêche de dormir. Ils n’ont pas d’oursins dans les poches et sont contents de vous offrir une tour Eiffel sans bourse déliée. Assistons-nous au retour de Dingo ou de Papon, dont on reparle ces jours derniers ?


Florange : la fermeture définitive et le démantèlement des deux derniers hauts fourneaux de Lorraine est annoncée au 1er décembre 2012. ArcelorMittal a donné deux mois à Monsieur Montebourg pour retrouver un repreneur. On imagine aisément que cela ne sera pas facile. Pourtant, l’État français, malgré le pacte de stabilité, a encore quelques moyens. La BPI pourrait être sollicitée et une société ad hoc créée pour revitaliser le site, encore faudrait-il convaincre le sieur Jouyet qui n’aime pas tirer sur les canards boiteux. Cela vaudrait mieux que de mettre plusieurs centaines d’ouvriers au chômage et de salir la belle histoire industrielle de la Lorraine. Si le gouvernement n’y parvient pas, cela augurerait mal de la politique de ré-industrialisation de la France, mais attesterait de l’incapacité du gouvernement d’agir et donnerait, peut-être raison, à Dominique Galouzeau de Villepin, un oiseau rare qui niche dans le 17ème arrondissement.

Révolte fiscale, mais niches fiscales conservées. Peut mieux faire, la stagnation a fait place à la récession au 3ème trimestre. La reine Anne eu 17 enfants, « dying is the last thing I would do ». L’ouverture au public du département islamique du Louvre sous sa voute en aluminium ondulée, qui s’est transformé en souk dimanche 7 octobre, jour de gratuité mensuel. La nuit blanche copieusement arrosée. Le retour des bals populaires. Saint-François d’Assise, patron de l’Italie, appelé à la rescousse pour revitaliser la France.

L’optimisme revient un instant après l’entretien du Président en exercice donné à six journaux européens, publié dans Le Monde daté du 18 octobre. Quelques citations attestent de « la sortie de crise de l’Euro, nous en sommes près, tout près. ».

Avant le sommet européen des 18 et 19 octobre, il était essentiel que François Hollande réaffirme sa conviction européenne. Il a déclaré « si nous ne donnons pas un nouveau souffle à l’économie européenne, les mesures de discipline ne pourront trouver de traduction effective … améliorer notre compétitivité … les pays qui sont en excédent doivent stimuler leur demandes intérieures par une augmentation des salaires et une hausse des prélèvements, c’est la meilleure expression de leur solidarité ». Parle-t-il de la France ou de l’Allemagne ?

« Aujourd’hui, ce qui nous menace, c’est autant la récession que les déficits ». Il est vrai.

On tire de cette interview l’impression d’une convergence entre le Président en exercice et Dominique de Villepin. Mais est-ce bien le cas ? « Comment ramener la croissance ? Il y a deux leviers. Le premier, c’est la confiance … plus vite les investisseurs reviendront vers la zone euro ». Espérons qu’ils se souviendront de la France. « Le second levier, c’est de mettre en cohérence la politique européenne ». On reste sur sa faim. A son retour de Bruxelles où il aura figuré au sommet, l’ancien secrétaire du PS nous dira probablement comment il compte s’y prendre concrètement pour relancer la croissance et sortir de la crise.

On notera l’absence de toute mention ou allusion à l’Angleterre dans cette interview. Il n’a pas été question de l’indépendance possible en 2014 de l’Ecosse, une région riche grâce au pétrole, au gaz et au dynamisme de ses habitants, qui sont las de subventionner leurs voisins anglais. Si les corses en faisaient autant en exploitant les gaz de schiste...

Le couple franco-allemand se sépare et le moteur est en panne. Dommage. Selon Ayrault, répondant à une question d’un étudiant à Singapour, « le couple franco-allemand, c’est comme avec ma femme : on discute, on se met d’accord ». Rappelons que sa femme est professeur d’allemand, ce qui la rapproche d’Angela Merkel. Alors que le couple franco-allemand traverse une passe difficile, avec scènes de ménage répétées, d’autant plus que le Président en exercice préfère le type méditerranéen, quoiqu’en dise Ayrault, le couple Taubira – Valls est fusionnel.

Terminons cet éditorial par des notes positives :

• Le permis de sortie de l’île pour les cubains est abrogé après plus de 50 ans de dictature.
• L’amendement ISF sur les œuvres d’art est retiré.
• Les producteurs de foie gras manifestent à Bruxelles pour pérenniser le droit au gavage des oies et des canards, n’en déplaise à BB.
• Ayrault en Asie et Hollande, après l’Afrique, à Bruxelles, ce qui démontre que la France maintient une ouverture active sur le monde.
• « Le facteur vous aide à valoriser votre papier usagé » : la Poste se charge de la collecte des papiers usagés des entreprises et collectivités locales - via une entreprise d’insertion (conventionnée par l’Etat et Pôle Emploi) - pour en assurer le recyclage. Le courrier responsable, en somme.
• Le pyromane des deux-roues du 17ème arrondissement sur le point d’être démasqué.
• Les emplois d’avenir sont partis.

La confiance est en voie d’être restaurée, l’optimisme de rigueur et le « Traité sur la tolérance » de Voltaire (1763) à relire. Le pays prépare le désendettement des nouveaux nés et embryons. Nous devons nous adapter à un environnement qui a considérablement changé depuis le début du nouveau millénaire. La nostalgie n’est pas créatrice d’emploi.





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